L’heure des affrontements

«Comme ministre, j’ai été dans la loyauté. Maintenant je réfléchis à une offre politique alternative.» Formule subtile et féroce: considérée comme l’une des meneuses de la «fronde» de l’aile gauche du Parti socialiste, la députée de la Moselle Aurélie Filippetti assume sa rupture avec François Hollande. «On n’est pas dans l’opposition, mais on peut se poser la question: le président est-il celui que les Français ont élu pour tenir tête à la «doxa» pro-austérité? Il est encore temps de faire les inflexions nécessaires.»

Dose de proportionnelle

Sur TF1, le chef de l’Etat devra répondre à cette fracture béante du PS, dont la majorité absolue à l’Assemblée risque d’être perdue après l’élection partielle prévue dans le Doubs, pour remplacer Pierre Moscovici devenu commissaire européen. Idem face à ceux qui voient déjà son premier ministre remporter la «guerre pudique» – dixit Le Monde – qui les oppose et qui l’a conduit à sermonner Manuel Valls le 22 octobre d’un ironique: «On peut réussir son existence sans être président de la République.» Or face au centrisme de Matignon, et au gauchisme du PS, l’Elysée manque de cartes. Sa possible annonce ce soir d’un changement partiel du mode de scrutin législatif, avec une dose de proportionnelle, sera perçue comme une manœuvre bien qu’il s’agisse d’un engagement de campagne. Tandis qu’à droite, l’UMP dénoncera le cadeau fait au Front national.

Autre terrain d’affrontement: l’économie. Après la promesse non tenue de l’inversion de la courbe du chômage, le scénario d’un quinquennat partagé entre «deux années et demie de redressement et deux de redistribution» ne tient plus. Hollande, ligoté par son impopularité, est en plus très mal placé pour demander davantage aux patrons. Reste un dernier message de fermeté possible: le calendrier. En promettant de tenir bon jusqu’en mai 2017, sans dissoudre l’Assemblée, celui-ci restera au moins, pour l’heure, maître du jeu.