Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Emmanuel Macron et Vladimir Poutine au château de Versailles lors d'une exposition fêtant les 300 ans des relations diplomatiques entre la France et la Russie, en mai 2017.
© PHILIPPE WOJAZER

International

Face à la Russie, un front européen transpercé

Lors de leur sommet à Bruxelles les 22 et 23 mars, les dirigeants des pays membres de l’UE sont assurés d’afficher leurs désaccords. D’autant qu'après sa réélection, Vladimir Poutine apparait encore plus en position de force.

Emmanuel Macron a-t-il pris la bonne décision ? En décidant de boycotter le stand de la Russie, invité d’honneur du Salon du livre de Paris 2018, lors de sa soirée d’ouverture jeudi 15 mars, Le président français est en tout cas devenu l’emblème d’une Europe contrainte à des sautes d’humeur mal interprétées face à la nouvelle Guerre froide entre Moscou et Londres. Une guerre froide que la réelection de Vladimir Poutine ce dimanche parait assurée de prolonger. 

Qu’importe si le lendemain, lors du passage à l’Elysée de la chancelière allemande venue présenter son nouveau gouvernement, le président français a rendu publique une déclaration signée avec Angela Merkel, Donald Trump et Theresa May, faisant état de «leurs préoccupations renforcées dans le contexte d’un comportement irresponsable de la Russie» après l’empoisonnement de Sergueï et Ioulia Skripal à Salisbury, au Royaume-Uni.

«Soit les dirigeants européens affichent leur unité, soit Vladimir Poutine, tout juste réélu, aura gagné cette nouvelle manche»

Qu’importe si, parallèlement, le secrétaire général de l’Alliance atlantique (OTAN) Jens Stoltenberg a instamment prié la Russie de «changer de comportement». Ou si le Foreign Office a décidé l’expulsion de 23 diplomates russes (aussitôt suivie par une expulsion identique de diplomates britanniques par Moscou).

Le diagnostic des milieux pro-russes européens est, ces jours-ci, celui d’une faiblesse chronique de l’UE face au Kremlin: «Soit les dirigeants européens affichent leur unité, soit Vladimir Poutine, tout juste réélu, aura gagné cette nouvelle manche», juge un diplomate français, fâché qu’Emmanuel Macron ait, en plus, vexé les écrivains russes présents à Paris. «Rejeter les intellectuels russes, c’est faire le jeu de tous ceux qui, à Moscou, diabolisent l’Europe de l’Ouest.»

«Plus l’Union est faible, plus Poutine a une marge de manœuvre»

Le sommet des 28 à Bruxelles, les 22 et 23 mars, devait se focaliser sur la seconde partie des négociations liées au Brexit. Un sujet sur lequel l’UE est, pour l’heure, restée unie face à Londres. Sauf que la fissure russe intervient à un moment délicat. Depuis des semaines, les accusations se multiplient contre le président de la Commission Jean-Claude Juncker, accusé d’avoir installé comme secrétaire général de l’exécutif communautaire son bras droit, l’eurocrate allemand Martin Selmayr, sans respecter les procédures.

Le «Selmayrgate», surnom donné par les médias à cette affaire, fragilise donc le collège des commissaires, empoisonné par ce sujet, alors qu’une autre polémique plane au-dessus du Berlaymont, le QG bruxellois de la commission: celle des nouvelles règles destinées à empêcher que ses anciens membres ne rejoignent trop vite le secteur privé comme l’avait fait son ex-président José-Manuel Barroso en allant travailler chez le banquier Goldman Sachs.

Lire aussi: L’affaire Barroso chez Goldman Sachs sème la pagaille à Bruxelles

Quel rapport entre le «Selmayrgate», le «Barrosogate» et les espions russes assassinés? «Plus l’Union est faible et divisée, plus ses institutions sont contestées, plus Poutine a une marge de manœuvre», jugeait ce week-end dans la presse française le chercheur Pascal Boniface. Le cas Poutine prouve qu’on peut se faire élire sur un discours nationaliste et autoritaire décomplexé, ce dont rêvent tous les nationalistes européens.»

La donne est en plus aggravée par l’isolement relatif de la France et de l’Allemagne aux côtés du Royaume-Uni. L’Italie, en plein tumulte électoral depuis la victoire des populistes aux législatives du 4 mars, est pour l’heure restée muette, et Federica Mogherini, haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, a souvent été jugée trop proche de Moscou. L’Espagne, affaiblie par la sécession catalane, a publiquement accusé des «entités basées en Russie» d’avoir mené une campagne de désinformation pro-indépendantiste. Ceci, alors qu’à Bruxelles, de plus en plus de groupes soi-disant régionalistes et autonomistes battent le pavé politique communautaire grâce à l’appui financier d’officines jugées elles aussi proches de la Russie.

Le levier des hydrocarbures

Ce front européen transpercé bute, enfin, sur l’impasse des sanctions économiques contre la Russie en raison du conflit en Ukraine. Prolongées pour six mois en décembre dernier, celles-ci touchent des banques, des entreprises de défense et des compagnies pétrolières russes, et limitent les investissements financiers européens dans ce pays. Ce à quoi Moscou a riposté en décrétant un embargo agricole et en accélérant, entre autres, la modernisation de ses filières de production de viande et de volaille, devenues… exportatrices. Sur quels leviers agir dès lors? «Le seul levier crédible est celui des exportations d’hydrocarbures, sans lesquelles l’économie russe déjà à la peine serait à terre, juge un ancien ambassadeur européen à Moscou. Mais là…»

Lire aussi: Vladimir Poutine prolonge l’embargo alimentaire russe jusqu’à fin 2017

Pour preuve, les exportations de gaz russe vers les 28 et la Turquie ont battu leur record en 2017, avec 194 milliards de mètres cubes, soit 8% de plus qu’en 2016. Un record dû à la demande énergétique en hausse engendrée par la reprise économique au sein de l’UE, et par le bas prix du gaz russe comparé à celui du gaz de schiste américain liquéfié, qui exige de coûteuses structures d’accueil: «Hormis la Pologne qui poursuit une diversification à marche forcée, et certains pays baltes, l’Europe ne réagit pas vraiment. On peut y voir le début d’une dépolitisation de la question du gaz russe», jugeait récemment dans Les Echos Marc-Antoine Eyl-Mazzega, de l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Lucky12345, insaisissable cybercriminel

Ultime obstacle pour l’UE: le front politique. Partout, l’ombre du Kremlin se profile derrière les mouvements souverainistes et nationalistes. Le 8 avril, les législatives hongroises qui devraient reconduire la majorité pro Viktor Orban, seront la prochaine échéance. S’y ajoutent les scénarios très inquiétants dressés par Europol sur les liens entre les mafias russes et italiennes en Europe de l’Est et dans les Balkans, pour y miner l’Etat de droit et imposer des conglomérats «amis».

Les Russes, sans surprise, seraient massivement présents dans la criminalité numérique ciblée par un rapport d’Europol en mars 2017. Ce rapport répétait que le cybercriminel le plus recherché du monde est un Russe insaisissable. Il s’appelle Evgeniy Bogachev dans le civil, mais sur la Toile, il signe Slavik, Lucky12345 ou Pollingsoon. Les Etats-Unis proposent une prime de 3 millions de dollars pour sa capture, alors que les services de renseignement russes, eux, seraient friands de ces informations.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a