Depuis une semaine, la presse irakienne le donnait partant. Confirmation ce dimanche: le juge kurde Rizkar Mohamed Amine, président de la 1re Chambre criminelle du Haut Tribunal pénal irakien, ne sera pas au rendez-vous le 24 janvier, pour la reprise prévue du procès de Saddam Hussein et de ses sept coaccusés du massacre de Doujaïl, en 1982. Tous sont passibles de la peine de mort. Le 28 décembre dernier, des informations sur le départ du magistrat de 49 ans avaient circulé. Le Haut Tribunal pénal est l'instance spéciale créée par les autorités de Bagdad pour juger les anciens dignitaires de la dictature accusés de crimes. Le choix de ses juges, officiellement du ressort du gouvernement irakien, s'est en réalité fait en étroite concertation avec les forces américaines. Créé en mai 2004, le bureau de liaison pour les crimes du régime déchu - en fait, la cellule d'enquête principale - est ainsi dirigé par un procureur venu des Etats-Unis, Kevin Dooley.

Pour les accusés du massacre de Doujaïl - parmi lesquels figurent, outre Saddam, son beau-frère Barzan Takriti et l'ancien vice-président du pays Taha Yassine Ramadan - la démission du président du tribunal est une demi-victoire. Sur le papier, ce départ conforte les détracteurs de ce procès entamé le 17 octobre 2005. «Au vu des sept premières audiences, le tribunal n'a jamais paru maîtriser la situation», confirme un diplomate joint à Bagdad. On se souvient des plaintes émises publiquement à la barre par l'ex-dictateur, qui s'est dit victime de tortures et de harcèlement. On se souvient aussi des injonctions de ses avocats emmenés par le Jordanien Issam Ghazzaoui et l'Américain Ramsey Clark, à propos des entorses évidentes faites aux droits des accusés, qu'ils n'ont pu rencontrer qu'à la dernière minute. La démission du juge Rizkar Amine ne fait par ailleurs que confirmer l'extrême dangerosité de cette fonction et de cette procédure déjà tachée de sang: deux avocats de la défense ont été tués et un magistrat irakien associé au tribunal avait auparavant subi le même sort.

La nomination attendue d'un nouveau président risque en revanche d'entraîner de mauvaises surprises pour la défense. «Les Américains, à l'évidence, ne supportaient pas de voir Saddam dominer les débats, poursuit notre interlocuteur. Je suis à peu près certain que le remplaçant de Rizkar Amine sera beaucoup plus cassant et strict.» Le président sortant, Rizkar Amine, était aussi très critiqué par les médias irakiens pour laisser trop la parole à Saddam et à ses ex-acolytes. Ces critiques, relayées par des membres du gouvernement, auraient été très mal vécues par l'intéressé, contraint pour des raisons de sécurité de vivre à huis clos avec sa famille, dans la «zone verte» de Bagdad protégée par les forces américaines.

Reste maintenant à savoir ce que va réserver la reprise des débats le 24 janvier, si la date est maintenue. Pour l'heure, les témoignages des rescapés du massacre de Doujaïl - durant lequel près de 150 villageois furent raflés puis assassinés après qu'une embuscade contre Saddam eut échoué à proximité - se sont révélés accablants pour les accusés. Mais la preuve que la justice, en Irak, reste une tâche presque impossible a été illustrée par les conditions de leurs témoignages: derrière un rideau, et avec leurs voix déformées. Pour éviter d'éventuelles représailles.