«Nous devons nous préparer psychologiquement: la bataille sera longue», ont prévenu mercredi les autorités à Hongkong, territoire hyper-dense en alerte depuis janvier. Singapour et Séoul, eux aussi très exposés, se sont également prémunis très tôt en activant par anticipation des mesures de protection drastiques. Quarantaines, hospitalisation des cas positifs, dépistages massifs mais aussi traçage et mise à l’isolement des cas suspects ont permis de juguler l’épidémie sans cloîtrer la population.

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Ces stratégies ont toutefois montré leur limite mi-mars lors d’un afflux de porteurs du virus fuyant l’Europe. Comment dès lors continuer à se protéger sans asphyxier l’économie ni éprouver d’avantage des populations à l’isolement depuis plus de deux mois? L’alternance entre confinement ciblé et relâchement des restrictions est la stratégie actuelle, encore tâtonnante.

■ La Chine se ferme aux étrangers

L’économie tourne au ralenti en Chine depuis fin janvier et plusieurs centaines de milliers d’entreprises ont déposé le bilan. Les autorités cherchent donc à relancer l’activité. Mais pour éviter l’importation de cas de Covid-19, Pékin comme Hongkong ont fermé leurs frontières aux étrangers depuis fin mars. Si le confinement a été levé dans la région de Hubei, premier épicentre de propagation du virus, les déplacements restent surveillés et conditionnés à des QR Codes attestant de la bonne santé des citoyens. Localement, des quarantaines sont maintenues ou réinstaurées et de nombreuses écoles restent fermées.

A Hongkong, le télétravail est redevenu la norme pour les fonctionnaires et les entreprises maintiennent des rotations pour limiter les effectifs présents au bureau. Depuis le 28 mars, les rassemblements de plus de quatre personnes sont interdits. Les salles de sport et de majong, les cinémas, karaokés, bars et salons de beauté ont successivement reçu l’ordre de fermer temporairement. Les aires de jeux pour enfants et de barbecue ont été scellées. Ces frappes ciblées ont été décidées sur la base de clusters (regroupement de cas dans un même lieu) identifiés par les enquêtes épidémiologiques. D’autres mesures «plus dures» ne sont pas exclues mais «combien de temps la société va-t-elle endurer ces restrictions?», s’est interrogée Carrie Lam, cheffe de l’exécutif local dont l’approche est de chercher «un équilibre entre protéger l’économie et préserver la vie des gens tout en combattant le virus».

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■ Revirements à Singapour

La cité-Etat avait choisi de minimiser les perturbations économiques et sociales. Mais elle a fait volte-face après la prolifération du virus dans des écoles et des dortoirs de travailleurs étrangers. Depuis le 7 avril, tout rassemblement est interdit. Un confinement strict a été imposé jusqu’au 4 mai afin de «briser le circuit» de transmission et limiter les risques liés aux cas asymptomatiques, véritables bombes à retardement. Les écoles et les principaux lieux de travail sont fermés.

Autre changement de cap: le port du masque. Jusqu’à présent préconisé pour les seuls malades, il est désormais obligatoire pour tout déplacement hors du domicile. Singapour prévoit également de faire des allers-retours entre les différents niveaux de restrictions, la tactique la plus durable à long terme, selon la cité-Etat.

■ La Corée du Sud résiste sans confiner

Durement frappée en février, la Corée du Sud semble désormais maîtriser la situation, comme l’a suggéré le maintien mardi dernier des élections législatives. Mais il lui faut encore lutter contre les cas importés et l’inquiétante réapparition du virus chez des dizaines de malades supposément guéris.

Tout relâchement prématuré de la distanciation sociale pourrait avoir des conséquences irréversibles

Chung Sye-kyun, premier ministre sud-coréen

Séoul a donc renforcé les mesures de distanciation sociale et de dépistage le 21 mars puis le 4 avril. Localement, les services religieux, les regroupements sportifs sont interdits et les bars fermés. La réouverture des écoles a été reportée. L’objectif est de réduire les nouveaux cas quotidiens à moins de 50 afin que le système de santé, le personnel et les lits puissent être soulagés et retrouvent un niveau d’activité habituel.

La levée de mesures est envisagée dans les prochains jours. «Nous devons avoir une approche très prudente parce que tout relâchement prématuré de la distanciation sociale pourrait avoir des conséquences irréversibles», a toutefois prévenu le premier ministre Chung Sye-kyun selon qui la question du «quand et comment basculer» dans cette nouvelle normalité reste entière.

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