Brexit

Face à Trump, Londres rêve d’une nouvelle «relation spéciale»

Isolé au sein de l’Europe, le Royaume-Uni se tourne vers les Etats-Unis. Boris Johnson, le ministre des affaires étrangères, ne s’est d’ailleurs pas rendu à la réunion d’urgence organisée par ses collègues européens

La photo a fait le tour du monde. Samedi soir, après une rencontre de près d’une heure, Nigel Farage, sourire béat, et Donald Trump, chemise ouverte et pouce levée, ont posé devant la cage d’ascenseur dorée et clinquante de la Trump Tower. Le leader par intérim du UKIP, le parti anti-européen britannique, s’offrait ainsi le luxe d’être la première personnalité politique étrangère à être reçue par le futur président américain. Officiellement, l’homme n’a pourtant aucun rôle: il n’est ni ambassadeur, ni ministre, ni député, et il a démissionné de son rôle à la tête du UKIP, attendant l’élection de son remplaçant.

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Politique britannique au centre du jeu

Cette rencontre a remis le trublion de la politique britannique au centre du jeu. Ce lundi, dans une tribune publiée dans le Daily Telegraph, il en rajoutait une couche, offrant à la première ministre Theresa May ses services. «Je peux aider.» Selon lui, il faut réparer les relations avec Donald Trump, après les déclarations négatives de plusieurs ministres britanniques pendant la campagne électorale américaine. «Si le président élu me fait confiance, j’espère que certains dans le gouvernement britannique pourraient faire la même chose.»

Theresa May a immédiatement écarté cette option. Pas question de remettre en selle Nigel Farage en lui offrant un rôle officiel. La première ministre britannique a eu une conversation téléphonique d’une dizaine de minutes avec Donald Trump dès jeudi, et ce dernier disait aspirer à la «même relation qu’entre Reagan et Thatcher». «Je ne me rappelle pas qu’il y ait eu une troisième personne dans cette relation», rappelle, sèchement, la porte-parole de Theresa May.

Reste qu’avec ou sans Nigel Farage, le gouvernement britannique se met à rêver d’une relation étroite avec Donald Trump. L’homme qui a secoué la classe politique américaine pourrait voir d’un bon œil le pays qui a voté pour le Brexit, espère-t-on à Londres.

Sortir de «l'attitude négative»

Désormais isolé en Europe, le Royaume-Uni rêve de relancer la fameuse «relation spéciale» historique entre Londres et Washington. Celle-ci s’est détendue sous Barack Obama, qui a tenté partiellement un «pivot» vers l’Asie, délaissant légèrement ses alliés traditionnels.

Theresa May rêve de passer un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Les partisans du Brexit évoquent ce projet depuis longtemps, mais Barack Obama en avait balayé l’idée. En cas de sortie de l’Union Européenne, le Royaume-Uni se retrouverait «à l’arrière de la file d’attente» pour un éventuel accord de libre-échange, avait-il prévenu au printemps. L’arrivée de Donald Trump pourrait complètement changer cette dynamique.

Dans cette optique, Boris Johnson, l’un des leaders du Brexit et désormais ministre des affaires étrangères britannique, se montre particulièrement diplomate depuis l’élection de Trump. Il ne s’est pas rendu à la réunion d’urgence organisée par ses collègues de l’Union Européenne pour réagir à l’élection américaine. «Il est temps de sortir de cette attitude négative (après l’élection de Trump)», a-t-il lancé à leur attention. Lundi, il réitérait: «Nous devons considérer cela comme une opportunité. Donald Trump est un faiseur de deal et je crois que ça pourrait être une bonne chose pour la Grande-Bretagne, mais aussi pour l’Europe.»

Lundi soir, pour son premier grand discours de politique étrangère, Theresa May a enfoncé le clou. Dressant un parallèle entre le Brexit et l’élection de Donald Trump, elle a repris à son compte les critiques de la mondialisation utilisées par le nouveau président américain et les inquiétudes concernant l’immigration. Comme Thatcher et Reagan à l’époque, May et Trump semblent parler le même langage.

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