Union européenne

Face à Viktor Orban, l’axe Macron-Merkel à la peine

La victoire écrasante du premier ministre nationaliste hongrois complique la relance de l’Union européenne voulue par Berlin et Paris

Tous les sondages le donnaient largement vainqueur, et les électeurs leur ont donné raison: en recueillant dimanche 48,5% des suffrages, et une majorité des deux tiers au parlement hongrois (133 sièges sur 199), le premier ministre sortant Viktor Orban, 54 ans, confirme l’impact de son discours ultranationaliste, anti-migrants et anti-Bruxelles.

Au pouvoir depuis 2010, l’homme fort de Budapest se voit octroyer un troisième mandat d’affilée, et place son parti Fidesz largement en tête. Le parti d’extrême droite Jobbik arrive second avec 19,61% des suffrages. De quoi conforter la Hongrie dans son rôle de dissidente en cheffe au sein du Conseil de l’Union européenne (UE), l’instance représentative des 28 Etats membres (27 après le départ du Royaume-Uni). Sans surprise, les premières félicitations ont été adressées à Viktor Orban par la présidente du Front national français, Marine Le Pen, et par Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti polonais Droit et justice au pouvoir à Varsovie.

Cette victoire ne s’est pas construite sur la seule rhétorique anti-européenne. Paradoxalement, l’UE demeure populaire auprès des Hongrois qui, dans plusieurs sondages réalisés avant le scrutin, se sont prononcés par une nette majorité en faveur du maintien de leur pays dans l’Union. C’est sur le sujet des migrants et sur la diabolisation de personnalités hongroises pro-mondialisation, comme le milliardaire octogénaire George Soros, que Viktor Orban a bâti sa campagne pour «sauver» et «défendre» la nation.

Plus de 4000 postes de gardes-frontières

La capacité de la Hongrie à résister aux «envahisseurs» derrière les barrières érigées le long de ses frontières orientales a été le principal refrain du Fidesz. La proposition de la Commission européenne d’imposer des quotas de migrants aux pays membres a été sans cesse décriée par le parti au pouvoir qui a également reçu, dimanche, les félicitations de l’AFD, le parti d’extrême droite allemand. Le gouvernement Orban a de plus présenté la lutte anti-migrants sous un jour social, en créant l’an dernier plus de 4000 emplois de gardes-frontières.

L’autre argument massue qui explique ce succès est l’économie. Avec un taux de croissance de 4% en 2017 et un chômage à son plus bas historique (3,8% en décembre), la Hongrie jouit aujourd’hui d’un indéniable dynamisme économique, et la population voit d’un bon œil les nouvelles taxes qui pèsent sur les banques et les entreprises étrangères. Les «Orbanomics», cette thèse qui défend l’idée d’une économie nationale protégée des «prédateurs» ouest-européens, ont été plébiscitées par les 10 millions de Hongrois.

Impréparation de Londres

Du côté de Bruxelles, la question se complique désormais un peu plus avec cette nouvelle victoire du dirigeant populiste. Jusqu’au début de l’année, l’Union européenne semblait avoir engrangé une série de bonnes nouvelles. Les législatives allemandes, malgré l’entrée en force de l’AFD au Bundestag, ont accouché d’un nouveau gouvernement de coalition pro-intégration et disposé à discuter avec la France de l’accélération de l’intégration de la zone euro. Les négociations avec les Britanniques sur le Brexit ont surtout démontré l’impréparation de Londres, au point de susciter des appels en faveur d’un nouveau référendum. «Nous vivons un moment européen», se réjouit encore dans une note le président de la Fondation Robert Schuman, Jean-Dominique Giuliani, jugeant que la «poussée populiste est contenue dans sa dimension eurosceptique».

Une nouvelle légitimité démocratique

Problème: Emmanuel Macron, élu sur un programme résolument pro-européen, a besoin d’alliés. «Macron et Merkel ne pourront plus marginaliser Orban comme ils l’ont fait jusque-là estime un diplomate bruxellois. La légitimité démocratique, même si les atteintes à l’Etat de droit se sont multipliées en Hongrie, est aujourd’hui aussi de son côté.»

Le président français, qui s’exprimera à deux reprises cette semaine, sur le plateau de TF1 jeudi puis sur Médiapart dimanche, est par ailleurs mal placé pour riposter à cette vague populiste. Ses priorités sont actuellement nationales, avec la crise sociale à la SNCF. Les consultations citoyennes sur l’Europe, lancées par son parti La République en marche à la fin mars, ne rencontrent pas encore beaucoup d’écho.

Une autre équation s’annonce enfin compliquée: celle du Parti populaire européen (PPE), principale force du parlement de Strasbourg, auquel le Fidesz de Victor Orban est affilié avec le soutien des eurodéputés bavarois de la CSU. Ce statu quo problématique va-t-il demeurer d’ici aux élections européennes de mai 2019? Le parti d’Emmanuel Macron peut-il, de son côté, ouvrir une brèche et créer par exemple un nouveau groupe politique, entre socialistes et libéraux? Le pragmatique Viktor Orban a jusque-là démontré son habileté pour éviter les sanctions de l’UE. Le voici armé pour tenir tête, s’il le juge nécessaire, à l’axe Paris-Berlin.

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