Routes barrées à la circulation, caniveaux inspectés jusqu'au petit matin, déploiement ostensible des forces de l'ordre: la police néerlandaise a pris des mesures de sécurité exceptionnelles au premier jour de ce procès hors du commun qui a commencé lundi dans la capitale des Pays-Bas. Au total, trois jours d'audience sont prévus pour examiner l'affaire de droit international portant sur la légalité du «mur» construit par l'Etat d'Israël pour se protéger des actions terroristes des Palestiniens.

Très médiatisé

Les quinze juges composant cette Cour internationale faisant partie intégrante des Nations unies (LT du 23.02.04) écouteront jusqu'à mercredi les arguments d'une douzaine d'Etats invités à s'exprimer. Un grand absent cependant, l'Etat d'Israël qui, récusant la compétence de la Cour internationale de justice (CIJ), n'a dépêché aucun représentant. «Cette affaire est de nature politique et n'est pas du ressort des juges», ont notamment fait valoir les autorités israéliennes pour justifier leur politique de la «chaise vide».

Particulièrement médiatisé malgré les retransmissions intégrales des débats juridiques sur Internet, l'événement a rassemblé en ce premier jour quelque 300 journalistes venus de tous les pays, sans compter la horde de camions équipés de moyens de retransmission disposés aux abords du palais.

Tout a commencé hier matin vers 9 h 30 alors qu'une neige épaisse s'abattait sur La Haye. Se dirigeant lentement vers le Palais de la paix, un interminable cortège de voitures diplomatiques emportant les délégations des pays voulant faire entendre leur voix à la Cour internationale a alors franchi l'élégant portail pour disparaître ensuite noyé dans le brouillard.

Aux alentours, un important dispositif de sécurité s'est efforcé de maintenir les protagonistes des deux bords à distance les uns des autres. Pour éviter les incidents, la police avait même intimé l'ordre aux manifestants des deux camps d'organiser leur rassemblement à des moments différents de la journée.

Pour frapper les esprits, les pro-israéliens autorisés à défiler dans les rues le matin avaient disposé la carcasse calcinée d'un bus cible d'un attentat-suicide à Jérusalem ayant récemment causé la mort de plusieurs victimes innocentes. Chacun des manifestants portait par ailleurs la photo de personnes tuées dans ces actions violentes.

Dans l'après-midi, ce sont les défenseurs de la cause palestinienne portant les célèbres écharpes à pied de poule noir et blanc qui ont envahi les rues de la ville pour dénoncer avec véhémence la construction de ce mur dans l'enceinte même des territoires occupés. Un cortège où l'on reconnaissait Greta Duisenberg, épouse de l'ancien président de la Banque centrale européenne, partisane depuis le début de la cause palestinienne.

A l'intérieur du Palais de la paix, les débats se sont ouverts par l'audition des arguments de la délégation palestinienne. Attendue dans les deux mois, la décision de la cour n'aura cependant aucun caractère obligatoire.