Quelques photos postées sur le compte Facebook de l’armée de l’air libyenne ont trahi le secret: 20 soldats des forces spéciales ont été envoyés en mission en Libye. Cette opération intervient alors que des pourparlers au Maroc ont permis la signature d’un accord entre des députés issus des deux parlements rivaux. Désormais, en plus du gouvernement de Tripoli, proche des islamistes, et de celui installé à Tobrouk dans l’est du pays, considéré comme légitime, il y en aura un nouvel adoubé par la communauté internationale. La concomitance de ces bruits de bottes et des négociations de paix intrigue: les tractations diplomatiques ouvrent-elles la voie à une intervention armée? Impossible d’y voir une simple coïncidence.

Un des clichés montre les commandos, décontractés au milieu Libyens. Ils sont munis de fusils d’assaut et de gilets pare-balles. Une autre image montre une jeep équipée et qui aurait été débarquée en même temps que les militaires sur le tarmac de l’aéroport militaire de Watiya, non loin de Tobrouk. Confronté à ces révélations, le Pentagone a confirmé la présence de soldats américains en Libye, mais s’est refusé à donner des détails sur leur mission, annonçant seulement qu’elle avait pris fin. Selon un responsable de la Défense, ils se seraient rendus en Libye avec l’accord des autorités de Tobrouk pour «développer les relations et améliorer la communication avec l’armée nationale libyenne.» Pourtant, arrivés sur place, les forces spéciales auraient été priées de repartir sur le champ, ce qu’ils auraient fait.

Ce n’est pas la première fois que les militaires américains se rendent discrètement en Libye. En juillet 2014, des membres des commandos de la «Delta Force» ont enlevé Ahmed Abou Khattala, principal suspect dans l’attentat de 2012 qui a coûté la vie à l’ambassadeur Chris Stevens. Le 13 novembre dernier, l’armée américaine a mené une opération aérienne contre l’État islamique (EI) en Libye. Selon le Pentagone, Abou Nabil, alias Wissam Najm Abd Zayd Al-Zubaydi, le plus haut responsable de l’EI en Libye aurait été tué dans le bombardement. Et ces dernières semaines les vols de reconnaissance menés par les Américains et les Français se seraient multipliés au-dessus des positions tenues par l’EI.

Pour Kader Abderrahim, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris, une intervention aéroportée contre l’EI en Libye serait immiente: «L’organisation djihadiste a considérablement prospéré à la faveur du chaos. L’accord signé au Maroc intervient trop tard et, surtout, il est déjà contesté par les chefs des deux parlements respectifs.» Pour ce spécialiste de la Libye, les objectifs à court terme ont été privilégiés sur un processus politique de réconciliation nationale: «Les parties libyennes ont réussi à s’entendre le 6 décembre à Tunis. Mais le texte qu’elles ont approuvé a été immédiatement rejeté par les Américains et l’ONU, qui ont préféré imposer leur propre accord.» Et pour le chercheur, le nouvel accord pourrait faciliter une intervention militaire: «Elle pourrait avoir lieu à la requête du nouveau gouvernement, ce qui permettrait d’éviter un vote préalable au Conseil de sécurité.»