A moins d'un mois des élections américaines, Facebook a changé de ton avec QAnon, une mouvance conspirationniste pro-Trump, qui fait feu de tout bois pour attiser les tensions et rallier des supporters à sa cause. Le géant des réseaux sociaux, régulièrement accusé par la société civile de laxisme vis-à-vis de la haine et la violence en ligne, a annoncé mardi le retrait de tous les comptes, pages et groupes liés à cette nébuleuse, sur sa plateforme principale et sur Instagram.

Le nombre d'adeptes de ce mouvement d'extrême droite a explosé à l'approche de la présidentielle américaine, et à mesure qu'il a amélioré ses tactiques pour ratisser plus large, au-delà du noyau convaincu qui voit dans le locataire de la Maison-Blanche une sorte de Messie, pourfendeur de l'élite corrompue et pédophile.

De la désinformation sur de nouveaux sujets

Facebook avait déjà sévi contre QAnon et d'autres «mouvements sociaux militarisés», pour les empêcher de se servir de la plateforme à des fins d'organisation de leurs actions. Mais cette fois-ci, même les pages qui ne «contiennent pas de contenus violents» seront supprimées si elles sont associées à la mouvance, a précisé le groupe californien dans un communiqué.

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Facebook s'est en effet aperçu que des partisans de ces nombreuses théories conspirationnistes passaient d'un sujet à un autre pour constamment attirer de nouveaux publics.

«Pendant que nous avons enlevé les contenus liés à QAnon qui célébraient et soutenaient la violence, nous avons vu apparaître d'autres contenus (de la mouvance) sur d'autres sujets», relate le réseau social. Par exemple, «des affirmations selon lesquelles certains groupes de personnes sont à l'origine des incendies de forêt sur la côte Ouest (des Etats-Unis)», continue Facebook. La société a précisé qu'il lui faudrait plusieurs semaines pour venir à bout des occurrences.

QAnon fait partie des groupes problématiques que les associations voudraient voir disparaître des réseaux. Ils répandent de nombreuses théories infondées, comme l'idée que le coronavirus serait une conspiration pour contrôler les personnes avec des vaccins et la 5G.

Une première série de mesures jugées insuffisantes

En août, Facebook avait déjà retiré près de 800 groupes, 100 pages et 1500 publicités directement liés à ce mouvement sur Facebook. Elle avait aussi pris des mesures pour réduire la portée de plus de 10 000 comptes sur Instagram et de près de 2000 groupes et 440 pages sur Facebook, comme limiter les recommandations, les rétrograder sur les fils d'actualité, les rendre plus difficiles à trouver, les empêcher de faire de la pub ou vendre des produits.

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«Nous avons vu croître des mouvements qui, même s'ils n'organisent pas directement de violences, célèbrent des actes violents, montrent qu'ils ont des armes et suggèrent qu'ils vont les utiliser, ou ont des fans susceptibles de comportements violents», avait alors expliqué le groupe.

Plusieurs ONG de défense des droits et libertés accusent Facebook de ne pas lutter suffisamment contre la désinformation, les messages de haine et les campagnes de manipulation, qui ont des répercussions dans la vie réelle et dans les processus démocratiques.

«Nous espérons qu'il s'agit bien d'un effort sincère pour éliminer la haine et l'antisémitisme de leur plateforme et non pas seulement une réponse impulsive à la pression des élus et du public», a réagi mardi Jonathan Greenblatt, président de la Ligue anti-diffamation (ADL). Avec la NAACP, la principale organisation de défense des droits civiques des Afro-Américains, et d'autres organisations, l'ADL a mené cet été une campagne de boycott publicitaire de Facebook suivie par des centaines d'entreprises.