Il y a une vie après la finance. Prenez Yonathan Parienti. Après treize ans passés dans les bureaux parisiens et genevois d’enseignes telles que JPMorgan Chase, Bank of China et Julius Baer, l’homme tombe son tablier de gestionnaire de fortune en 2013 pour lancer ­Horyou, entreprise digitale vouée à la «solidarité humaniste». Pilotée depuis Genève, la plateforme a pour ambition de devenir le réseau social du monde associatif. L’Instagram de l’humanitaire. Le Facebook des ONG, si vous voulez. «Tout le monde se sent assommé par la montée d’un système qui va dans le mur: c’est ainsi que les gens perdent espoir. Mais, en réalité, l’espoir est partout. Notre but est dès lors de lui donner de la visibilité pour retrouver du courage», explique le directeur général. Des groupements aux horizons divers, tels que le Canadian Centre for Abuse Awareness, l’ONG brésilienne Cunhã Coletivo Feminista, l’association française La Cravate solidaire (vouée à la «mise à disposition gratuite de tenues professionnelles») ou encore Terre des hommes Suisse figurent parmi les membres.

Viens «lighter» mon profil

Vous connaissez le principe: on crée un profil. On publie des actus («Les P’tits Cracks recherchent un-e infirmier-e pour assurer l’encadrement médical d’enfants atteints de cancer sur leurs séjours équestres en Normandie»). On like les profils et les publications des autres (sauf qu’ici, on «lighte», en cliquant sur une petite lumière). Et on crée des connexions («dès qu’il y a un échange de lights, deux profils sont connectés», précise Yonathan Parienti). Différence de taille par ­rapport au tout-venant de la sociabilité virtuelle: les particuliers s’inscrivent librement, mais les orga­nisations et personnalités doivent faire acte de candidature et être ­validées par l’équipe d’Horyou. «Nous avons conscience qu’il y a tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Il faut que nous puissions établir un échange humain, un contact direct pour qu’une organisation accède au réseau. Nous évitons ainsi les coquilles vides.» Depuis la mise en ligne de la version test, en novembre dernier, quelque 200 associations ainsi qu’une centaine de ­personnalités (parmi lesquelles la romancière Eliette Abécassis, le footballeur camerounais Roger Milla et le musicien congolais Ray Lema) ont été validées.

A quoi sert Horyou? D’une part, «c’est le monde associatif qui se ­rencontre, les associations qui se découvrent mutuellement». Cette vocation de «passerelle entre organisations», visant à «défendre la ­notion de bénévolat universel», se prolongera dans la vraie vie lors du Social Innovation and Global Ethics Forum (Sigef), prévu à Genève en octobre 2014. Deuxième objectif, des formes de soutien concret. Pour mobiliser des ressources, Horyou parie notamment sur les élans humanistes des «personnes qui ne savent pas quoi faire de leur argent et qui ont envie d’aller vers un entrepreneuriat social, d’investir capitalistiquement dans des projets qui ont du sens». La plateforme étudie aussi un modèle ­publicitaire exclusivement tourné vers «des sociétés socialement et éthiquement responsables». L’ensemble de ces interactions devrait aboutir à «susciter un cercle vertueux» et à «créer du sens». Aux ­globetrotters solidaires, la plateforme offre enfin une section appelée «Live & Dream», qui permet aux membres actifs de gagner des «voyages qui donnent du sens» par tirage au sort.

Twitter, oui, Facebook, non

Avec tout cela, Horyou embrasse la logique des réseaux sociaux, et même celle de la «gamification», qui emprunte aux mécanismes des jeux vidéo: comme dans ceux-ci, chaque nouvel inscrit démarre sur Horyou au niveau 1 et monte en grade à travers ses actes… En même temps, le réseau prend le parti de faire bande à part: «On peut partager nos contenus sur Twitter, pour mettre des choses positives dans ce nuage de bruit, mais pas sur ­Facebook. Nous n’aimons pas l’idée d’une plateforme qui permet tout et son contraire, et qui laisse en ligne même des vidéos haineuses pour avoir du trafic. Les citoyens du monde ont de l’espoir, ils ont envie de se retrouver dans un écosystème qui les respecte», insiste Yonathan Parienti. «Orienté vers l’action», le nouveau réseau entend «créer un équilibre entre les réalités online et offline, l’une souvent gonflée de bêtises inutiles, l’autre délaissée pour la première». Un contre-pied ambitieux.

www.horyou.com