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Le «fact checking» vainqueur du débat

Le développement du fact checking restera l’un des faits marquants de la campagne présidentielle 2012

Mensonge! Ce n’est pas vrai! La dette a-t-elle augmenté de 500 ou de 600 milliards depuis 2007? Les enseignants représentent-ils vraiment un fonctionnaire sur deux? Rarement autant de chiffres auront été brandis lors d’un débat: Nicolas Sarkozy en a cité 92 et François Hollande 45, soit une statistique toutes les 47 secondes pour l’un et un toutes les 1 minute et 36 secondes pour l’autre. Et rarement donc le fact checking (en français, la vérification des faits) n’aura autant justifié son existence.

Le fact checking, ce ne devrait finalement être que la première mission du journaliste: contrôler l’information, la recouper, l’authentifier. Mais les médias de plus en plus concurrentiels doivent travailler de plus en plus vite, devenant très dépendants des dossiers de presse et autres «éléments de langage» préparés par des services de communication.

Contrôle en direct

C’est pourquoi le débat présidentiel français fera date dans le journalisme hexagonal, sinon européen. Durant presque trois heures, alors que les deux candidats assénaient chiffres et classements, tout était contrôlé en direct par de petites armées de vérificateurs. En s’appuyant sur les rapports officiels du gouvernement français, de la Commission européenne, du BIT et d’autres sources reconnues comme fiables, ils ont publié en continu sur le Web, et notamment sur le réseau de microblogging Twitter, leur verdict.

«L’immigration économique c’est 30 000 par an», affirme François Hollande – INCORRECT! (majuscules et point d’exclamation de ri­gueur), corrige quelques secondes plus tard le Véritomètre du site Owni, qui s’est spécialisé dans le fact checking, c’est 23 650. «Les centrales nucléaires en Suisse, qui ne sont pas connus pour être des gens qui aiment le risque, ont soixante ans», annonce Nicolas Sarkozy. INCORRECT! «La dette a augmenté de 600 milliards depuis 2007.» CORRECT! Le débat, jugé par certains trop technique et aride, prenait une tout autre allure dès lors qu’on pouvait mettre en perspective les approximations, voire les erreurs délibérées des duellistes.

Le fact checking existe depuis longtemps aux Etats-Unis, sur des sites comme Thefactchecker, ou Politifact, qui a même emporté le Prix Pulitzer. En France, les médias classiques s’y sont mis aussi – Le Monde, Le Figaro, la radio Europe1, Libération, Rue89… Ce croisement du data journalisme et du journalisme participatif ouvre des questions. Pourrait-on imaginer un couplage de l’image télévisée avec un fil de décodage? Est-il crédible de vérifier en direct des informations complexes? Et qui, pour contrôler les contrôleurs?

Au fait. La dette française a bien augmenté de 600 milliards en cinq ans, et les enseignants représentent un fonctionnaire sur six. Et encore: Nicolas Sarkozy est bien allé au Bristol avec Eric Woerth en 2009 à une réunion des donateurs de l’UMP. Le commerce extérieur n’était pas en excédent au cours des années 2000 et 2001 lorsque Lionel Jospin était premier ministre. Le fact checking est passé par là.

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