Une catastrophe peut-elle bouleverser l’ordre énergétique établi? Tour d’horizon de «l’effet Fukushima», des pays qui renoncent à ceux, inébranlables, qui poursuivent dans la voie du nucléaire. La planète compte 437 réacteurs nucléaires, produisant environ 14% des besoins mondiaux en électricité. L’Agence de l’énergie nucléaire (AEN) estime que les capacités quadrupleront d’ici à 2050. Si dans leur ensemble les pays de l’OCDE produisent 80% de l’énergie nucléaire mondiale, l’Europe est le continent le plus atomisé au monde, avec 145 réacteurs.

Sortir du nucléaire

Avec l’Allemagne, la Suisse a été l’une des premières, après la catastrophe japonaise, à opérer un retournement radical en optant pour une sortie du nucléaire. D’après le scénario du Conseil fédéral, les cinq centrales existantes, qui produisent 40% de l’électricité du pays, seront exploitées jusqu’à la fin de leur durée de vie. Aucune autre ne sera construite.

La Belgique prévoit une sortie du nucléaire pour 2025, avec l’arrêt progressif des sept centrales du pays. Problème: plus de la moitié de son électricité provient de l’atome. L’Espagne, quant à elle, a remis sur la table son projet de fermeture des réacteurs en fin de vie. A noter que Vienne a fait figure de précurseur quand, en 1978, le parlement autrichien a approuvé une loi interdisant la production d’énergie nucléaire, bannissant jusqu’au transport de déchets nucléaires sur son territoire.

Prudence et doutes

L’Italie avait décidé de sortir du nucléaire en 1987, après Tchernobyl. Mais, dépourvue de pétrole, de charbon et d’uranium, elle revient en arrière vingt ans plus tard et prévoit de relancer l’énergie atomique. Fukushima change à nouveau la donne, un moratoire de douze mois a été décrété et les Italiens doivent se prononcer par référendum sur la question nucléaire le 12 juin. La Pologne, qui devait mettre en service sa première centrale en 2020, a annoncé hier, suite à la décision de l’Allemagne, qu’elle comptait réexaminer ses plans.

L’atome à tout prix

Les catastrophes atomiques n’ébranlent pas la France, qui tire 85% de son électricité du nucléaire. Elle ne renoncera pas à ses 58 réacteurs et n’interrompra pas celui en construction à Flamanville, qui doit être mis en service en 2014. Paris veut profiter de la catastrophe pour promouvoir l’EPR, technologie dernier cri vendue comme la panacée en termes de sûreté.

La Suède et la Finlande ont aussi décidé de maintenir le nucléaire et autorisé la construction de nouveaux sites. Le Royaume-Uni projette la construction de huit réacteurs et ne compte pas remettre sa politique énergétique en question. La plupart des pays d’Europe de l’Est conservent eux aussi l’atome. Plus de 15 réacteurs y sont projetés.

Les Etats-Unis, plus gros producteur d’énergie nucléaire au monde avec 104 réacteurs, ne prévoient pas de s’arrêter, mais ils se diversifient avec le gaz. Ni l’Inde (25 réacteurs opérationnels, 5 en construction et 18 projets), ni la Russie (32 réacteurs, 11 en construction et 14 projets) ne songent à cesser leurs activités. La Chine procédera à un audit de ses installations mais n’est pas prête à envisager l’abandon de ses programmes. Très dépendante du charbon, elle a lancé un vaste chantier de diversification de ses énergies, qui prévoit 34 nouveaux réacteurs, dont 27 sont déjà en construction.