Terrorisme

Faire juger des dirigeants saoudiens pour le 11-Septembre, un casse-tête pour Obama

Des députés américains veulent permettre aux familles des victimes du 11 septembre 2001 de poursuivre des dirigeants étrangers pour obtenir des dédommagements. Ryad menacerait de très coûteuses représailles. Le tout, à 48 heures d'une visite de Barack Obama

Barack Obama s’est dit lundi opposé à un projet de loi qui permettrait de traduire les dirigeants saoudiens devant des tribunaux américains pour les attentats du 11 septembre 2001, à l'avant-veille de sa visite en Arabie saoudite.

«Exactement, j'y suis opposé», a répondu le président américain, interrogé par la chaîne CBS News sur ce projet de loi.

Un texte ultra-polémique

Le texte, soutenu par des démocrates et des républicains, n'a pas encore été soumis à un vote au Congrès mais suscite déjà de vives tensions. Ce sujet épineux risque de compliquer encore un peu plus la visite de M. Obama à Ryad.

Si cette loi était votée au Congrès, Barack Obama a d'ores et déjà annoncé qu'il y apposera son veto.

Menace de représailles

Selon le New York Times, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a averti des élus, lors d'une visite à Washington le mois dernier, de possibles conséquences coûteuses si ce texte était adopté. Le quotidien affirme qu'il a notamment menacé de vendre quelque 750 milliards de dollars en bons du Trésor américain et autres biens détenus aux Etats-Unis.

Cette loi permettrait aux familles des victimes du 11 septembre 2001 de poursuivre, notamment, le gouvernement saoudien pour obtenir des dédommagements. Aucune implication de l'Arabie saoudite n'a jamais été démontrée mais 15 des 19 pirates de l'air étaient Saoudiens.

Lire aussi: En Arabie saoudite, la controverse du sang du Prophète

L'immunité des Etats contre les droits des victimes

«Notre inquiétude par rapport à cette loi n'est pas liée à son impact sur nos relations avec un pays en particulier, elle est liée à un principe important du droit international: l'immunité des Etats», a souligné un peu plus tôt dans la journée Josh Earnest, porte-parole de l'exécutif américain.

Remettre en cause ce principe pourrait, «si d'autres pays adoptaient une loi similaire, représenter un risque significatif pour les Etats-Unis, nos contribuables, nos militaires et nos diplomates» a-t-il souligné.

Ce principe «permet aux pays de résoudre leurs différends grâce à la diplomatie et non pas à travers les tribunaux», a-t-il insisté.

Visite à hauts risques

Barack Obama rencontrera mercredi le roi Salmane à Ryad avant de participer jeudi à un sommet avec les pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Qatar, Oman).

En réintégrant dans le jeu diplomatique l'Iran, grand rival chiite de l'Arabie saoudite, et en renonçant à intervenir en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad, le président des Etats-Unis a ulcéré les monarchies sunnites, partenaires de longue date des Etats-Unis.

Un dossier toujours classé

Zacarias Moussaoui, le Français condamné en liaison avec les attentats du 11-Septembre et surnommé le «20e pirate de l'air», avait assuré à des avocats américains en février que des membres de la famille royale saoudienne avaient versé des millions de dollars à Al-Qaïda dans les années 1990.

Une affirmation immédiatement rejetée par l'ambassade d'Arabie saoudite mais qui avait rouvert le débat à Washington sur la nécessité de publier une partie encore classée du rapport de la commission d'enquête américaine sur le 11-Septembre. Vingt-huit pages qui évoqueraient, selon certains, le rôle possible de gouvernements étrangers.

Dans les couloirs du Capitole, le sénateur John Cornyn, un des auteurs du projet de loi, a exprimé ses «doutes» sur le fait que les Saoudiens «puissent mettre (leurs menaces) à exécution».

«Je ne comprends pas pourquoi ils sont sur la défensive. Ce n'est pas (un projet de loi) qui cible le gouvernement saoudien», a-t-il expliqué. «A moins qu'il y ait quelque chose dans ces 28 pages classifiées qu'ils redoutent et dont nous n'avons pas connaissance».

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