«Un bon jour pour la démocratie» se réjouit Slate: hier, les services généraux de l’administration Trump ont enfin annoncé qu’ils lançaient la transition politique en ouvrant la Maison-Blanche à l’équipe de Joe Biden (même si, sur Twitter, @realDonaldTrump promet qu’il continuera à se battre).

Lire: Donald Trump laisse entrevoir la possibilité d’une transition non chaotique

Un bon jour aussi, parce que le futur 46e président américain a commencé à désigner son gouvernement et ses hauts fonctionnaires. Et «pour la première fois, des femmes vont diriger le Trésor et les Renseignements, et un Latino le Ministère de l’intérieur (Department of Homeland Security)» titre le New York Times, porte-voix des démocrates bon teint de la côte Est. John Kerry, 76 ans, sera «le tsar international du climat, un signe de l’engagement du nouveau gouvernement à combattre le changement climatique». L’ancien secrétaire d’Etat est bien connu dans un domaine qu’il maîtrise, c’est lui qui avait dirigé les négociations américaines pour l’Accord de Paris sur le climat. «La nomination attendue de Janet L. Yellen comme secrétaire du Trésor sera la première d’une femme à ce poste en 231 ans.» Le journal se demande aussi comment l’ancienne directrice de la Réserve fédérale au profil neutre, âgée de 74 ans, respectée et des progressistes et de Wall Street, va se débrouiller, «projetée dans un monde plus politique, avec de grands défis, en pleine crise du coronavirus».

Des noms très connus, et d’autres un peu moins. Les autres nominations qui retiennent l’attention du quotidien new-yorkais sont celles d’Alejandro Mayorkas, 60 ans, Cubain de naissance, qui deviendra le premier migrant et le premier Latino à chapeauter le Ministère de l’intérieur (Department of Homeland Security) où il «aura la lourde tâche de restaurer la confiance»; il fut ministre adjoint entre 2013 et 2016.

Et le nom d’Avril Haines, 51 ans, ex-conseillère à la sécurité de Barack Obama, la première femme qui dirigera les services secrets: «Cette spécialiste du droit international est parfois jugée trop modérée et des ONG remettent en question son rôle dans les programmes d’exécutions de terroristes avec des drones, ces programmes qui ont aussi parfois tué des civils». Le NYT tire un bilan positif de ces premières annonces: «La diversité en genres et en races des nominations reflète l’engagement proclamé de M. Biden en faveur de la diversité, qui est notoirement en retard dans les sphères de la politique étrangère et de sécurité nationale.»

Expérience et compétences

Du côté des médias qui voient la nouveauté plutôt que le recyclage, le Daily Beast enfonce le clou: «Cette équipe chargée des questions de sécurité est la meilleure depuis des décennies, elle est assurée de faire mieux même par rapport à l’époque Obama. Biden a fait des choix magnifiques, des personnes qui symbolisent le refus de Trump et qui en même temps ont la capacité de réparer les dommages qu’il a faits.»

Le Los Angeles Time ne méconnaît pas la portée de l’événement, qui titre «Trump s’incline devant la réalité et Biden monte un cabinet d’une diversité historique». Mais le quotidien insiste aussi sur l’aspect «déjà-vu» (l’expression existe en anglais) de la nouvelle équipe – Kerry, Yellen, Mayorkas, Haines et d’autres hauts fonctionnaires étaient déjà là sous Obama, voire avant. «Ces nominations proviennent d’un large spectre politique, et Biden choisit de s’entourer de conseillers qui ont une longue expérience reconnue du service public. Il a surtout tapé parmi des personnes en qui il a confiance et des figures de l’establishment pour son cercle rapproché, appelant dans son cabinet des officiels de l’ère Obama qu’il connaît bien.» Et d’insister: «Il n’y a pas de militants démocrates durs, ce sont plutôt des insiders non militants, ne prêtant pas à la polémique, qui vont renforcer l’image de compétence et d’unité que Biden veut privilégier.»

Si cette équipe nous paraît terriblement familière… c’est qu’elle l’est

«Biden se tourne vers des visages familiers pour affronter un monde qui a changé, analyse aussi Politico. L’équipe chargée de la sécurité est riche d’expérience, mais de peu de surprises.» Et de poursuivre: «Si cette équipe nous paraît terriblement familière… c’est qu’elle l’est. La plupart des personnes annoncées jusqu’ici occupaient des postes à responsabilité sous l’ère Obama. Mais le monde qu’ils vont retrouver a beaucoup changé, souvent pour le pire. L’équipe Trump entreprend des manigances de dernière minute pour réduire leur marge de manœuvre et ils auront peut-être les mains liées si les républicains conservent le Sénat, en admettant même qu’ils soient confirmés.»

Vous avez lu «establishment», «officiels», «ère Obama»? Le Washington Post s’inquiète justement: «Ceux que Biden a nommés ont promu ces mêmes politiques que Trump a dénigrées, moquées, et utilisées pour son ascension politique. Dans le passé ces figures ont poussé pour des traités de commerce, signé des traités internationaux, et plaidé pour des guerres à l’étranger, si bien que la victoire de Trump en 2016 avait poussé les démocrates à faire du «soul-searching» – de l’introspection, à se demander comment ils avaient mal compris ces électeurs sur qui ils comptaient. Ce sera un test pour Biden, alors que Trump est celui qui a reçu le plus de voix de l’histoire américaine à part lui-même, va-t-il vouloir tout changer, ou gouverner quelque part au milieu?»

Chez les conservateurs on ne désespère pas. Comme l’a expliqué la très trumpienne commentatrice Laura Ingraham dans son talk-show hier soir sur Fox News, «Biden ressort les fidèles d’Obama qui ont créé les problèmes qui ont fait monter Trump, comme Kerry, ou Yellen. Fondamentalement, on va assister à une réédition d’une série supprimée il y a quatre ans, sauf que cette fois il n’y aura plus le héros principal: Obama. Ils vont faire ce qu’ils avaient fait avec lui, en pire. Trump va rester s’il le veut la personnalité la plus importante de la sphère politique.»