« La Guinée […] prendra le chemin de l’indépendance, puisque M. Sékou Touré [le premier président de la République] le veut ainsi. […]

Visiblement, M. Sékou Touré aspire en Guinée à jouer les N’Krumah [son homologue ghanéen de l’époque]. Il part en bonne position, auréolé d’une légende: tel son ancêtre le conquérant Samory [Touré, le combattant contre la colonisation, mort en 1900], il prendrait la tête de la guerre sainte à l’âge de 40 ans. Car il faut dire qu’il n’en a que 36 et que l’électorat féminin passe pour son plus solide appui politique. M. Sékou Touré, lui aussi, a fait un stage au-delà du rideau de fer. C’est là, dit-on, qu’il aurait appris à créer dans son parti d’efficaces commandos d’activistes en uniforme. Il ne dément pas le goût pour l’autorité qu’on lui prête. Faire de la Guinée le premier pays indépendant de l’Afrique française, et prendre si possible la tête d’une Afrique noire fédérée dans l’indépendance, tels sont les buts évidents du jeune et «grand homme» de la Guinée française.

M. Sékou Touré se dit plus près de la France dans l’indépendance que dans la communauté [d’outre-mer]. Il tient à ce que son pays demeure dans la zone du franc. Il souligne que les liens avec la France seront toujours les plus étroits de tous les liens de la Guinée avec l’étranger. […] Il peut engager […] le fameux pari: celui de faire évoluer son pays plus vite, dans l’indépendance totale, qu’au sein d’un grand ensemble franco-africain.

M. Sékou Touré serait sans doute plus circonspect si la Guinée était le plus pauvre des territoires de l’Afrique française. Or c’est le plus riche. […] »