L’état de santé d’une psychanalyste syrienne de renom, Rafah Nached, arrêtée le 10 septembre à Damas alors qu’elle allait se rendre à Paris, «s’est fortement dégradé» après plus de deux semaines de détention, a indiqué mardi sa famille.

«Lors de la dernière visite que son époux a effectué à la prison de Douma le 25 septembre 2011, Rafah Nached est apparue très affaiblie, souffrant de dérèglements cardiaques de plus en plus marqués», ont indiqué ses proches dans un communiqué. «Epuisée, ne disposant d’aucun endroit pour s’asseoir dans l’enceinte du parloir, elle a dû mettre prématurément un terme à l’entretien avec son époux», a ajouté la famille.

Francophone et diplômée en psychologie clinique de l’Université de Paris, Rafah Nached, a été arrêtée le 10 septembre à l’aéroport de Damas «par des agents des services de renseignements de l’armée de l’air» alors qu’elle se rendait à Paris pour assister à l’accouchement de sa fille.

Elle a ensuite été «mise au secret pendant 5 jours au cours desquels elle a fait l’objet d’interrogatoires réguliers», selon la famille. Elle a ensuite été transférée dans la prison pour femmes de Douma, au nord-est de Damas, où son mari peut la voir brièvement deux fois par semaine.

Rescapée d’un cancer et souffrant de troubles cardiaques et d’hypertension artérielle, Mme Nached, 66 ans, était suivie médicalement à Beyrouth et à Paris.

Elle «est aujourd’hui sous le coup d’une possible inculpation pour +incitation au soulèvement, incitation au renversement du gouvernement et non respect de l’ordre public+» et risque jusqu’à 7 ans de prison, selon sa famille.

«Chaque heure, chaque minute est désormais cruciale pour sauver la vie de Rafah Nached. Sa famille, ses proches ainsi que l’ensemble de la communauté scientifique et psychanalytique en appellent solennellement à Bashar al-Assad pour mettre un terme à cette détention aussi inique qu’inhumaine», écrit la famille.

Mme Nached a été la première femme psychanalyste à exercer en Syrie. Elle avait récemment fondé l’Ecole de Psychanalyse de Damas, en collaboration avec des psychanalystes français. Elle était l’un des initiateurs de réunions hebdomadaires auxquelles participaient des Syriens de toutes confessions, partisans ou adversaires du président Bachar al-Assad, pour exorciser un sentiment qui leur est commun: la peur.

Son arrestation avait suscité l’émoi dans la communauté des psychanalystes, notamment à Paris et provoqué la protestation du ministère français des Affaires étrangères.

Le régime de Bachar al-Assad est confronté depuis près de six mois à un mouvement de contestation sans précédent qu’il réprime dans le sang.