Comme presque chaque année, l'Italie s'offre un été royal. Sur les plages de la péninsule, sur les terrasses des cafés, de nouveau la question revient en effet comme un tube estival. Dans la chaleur suffocante, elle agite les rédactions et relance le débat politique et intellectuel: faut-il mettre un terme au bannissement de la famille des Savoie? Après plus de cinquante ans d'exil, faut-il abroger la XIIIe disposition provisoire de la Constitution, qui stipule que «les ex-rois de Savoie, leurs consorts et descendants mâles ne peuvent ni pénétrer ni séjourner sur le territoire national»?

Les jeunes favorables

Bannis à la suite d'un référendum, qui en 1946 a aboli la monarchie et instauré la République, l'héritier du trône Victor-Emmanuel de Savoie, âgé de 66 ans, et son fils, Emmanuel Filiberto, né en Suisse, revendiquent de nouveau le droit de rentrer au pays. Le jeune «prince de Venise» a même menacé d'enfreindre l'interdiction pour se rendre sans autorisation le 19 août prochain à Rome pour assister en présence du pape Jean Paul II aux Journées mondiales de la jeunesse. Après plusieurs années de refus obstiné, Victor-Emmanuel s'est déclaré prêt à «jurer publiquement fidélité à la Constitution républicaine». «Je crois que le moment où le parlement doit consentir aux Savoie de rentrer en Italie est arrivé», a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Lamberto Dini.

«Chaque jour, des centaines de clandestins entrent dans notre pays. Il serait temps de reconnaître que, parmi les clandestins, les Savoie ne sont pas les plus indésirables», a commenté maladroitement le maire de Rome, Francesco Rutelli. Mais, tandis que se dégage une large majorité en faveur d'un acte de clémence et que 74% des jeunes Italiens de 18 à 24 ans seraient favorables au retour d'Emmanuel Filiberto en Italie, certains anciens résistants, comme Alessandro Galante Garrone, continuent néanmoins d'exiger des excuses publiques pour la responsabilité de Victor-Emmanuel III dans l'accession des fascistes au pouvoir, les lois raciales et pour le 9 septembre 1943 lorsque le roi abandonna Rome, laissant l'Italie en proie à la guerre civile. «La responsabilité des Savoie, ce sont des responsabilités historiques, morales et politiques qui ne peuvent être effacées par la lecture d'une petite formule, a indiqué Alessandro Galante Garrone. Il faut en effet considérer qu'un éventuel jurement vaut pour le futur mais qu'est-ce que les Savoie ont-ils à dire sur leur passé?»

En 1997, une première fois, Victor-Emmanuel semblait sur le point d'effectuer son retour grâce à un projet de loi déposé par le gouvernement de Romano Prodi. Mais l'opération capota en raison des déclarations de l'héritier de la monarchie qui, au cours d'un entretien télévisé, expliqua: «Non, non, je n'ai pas à demander pardon pour les lois raciales» et antisémites cosignées en 1938 par Mussolini et son grand-père, Victor-Emmanuel III. «Et puis, elles n'étaient pas si terribles», ajouta-t-il. Au printemps dernier, l'exilé genevois comptait sur le secours du Conseil de l'Europe et d'une condamnation publique de l'Italie pour son comportement face aux Savoie. Nouvel échec. Finalement, c'est Emmanuel Filiberto qui a repris l'initiative et déclaré être non seulement prêt à jurer publiquement fidélité à la République mais aussi à admettre les culpabilités de son arrière-grand-père et à demander pardon en son nom. Victor-Emmanuel aurait approuvé l'intervention de son fils.

«Désormais plus facile»

«Tout est désormais plus facile», ont fait savoir les ministres de la Justice et des Réformes institutionnelles, Piero Fassino et Antonio Maccanico. Jusqu'à présent ce dernier s'était fermement opposé au retour des héritiers de la couronne. Reste que les gestes royaux n'ont pas convaincu tout le monde, certains responsables communistes dénonçant «des conversions de dernière minute». Mais certains partisans de la monarchie sont également perplexes et estiment que la disponibilité à jurer fidélité à la République «constitue une erreur». L'un des responsables du Mouvement monarchique italien, Angelo Novellino, est allé jusqu'à assurer: «Je suis convaincu que Victor-Emmanuel ne jurera pas […], c'est de la pure tactique. Il s'est montré disponible uniquement pour vérifier les intentions réelles du parlement et du gouvernement italiens à son propos.»

En attendant le retour désormais envisageable des Savoie en Italie, avec leur cour de paparazzi, le maire de Milan, Gabriele Albertini, s'est quant à lui déjà offert une cure de noblesse. Le premier édile de la capitale lombarde, âgé de 50 ans, devrait en effet être prochainement adopté par Don Alberto dei Marchesi Litta Modignani di Menzago e Vinagro et devenir marquis.