Bruxelles

Des familles politiques européennes en mal de leaders

Le Parti populaire européen s’est donné à une écrasante majorité, jeudi en Finlande, un candidat pour remplacer Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. Mais le processus de sélection inauguré il y a quatre ans est grippé

La passion n’existe déjà plus. Quatre ans après avoir lancé en fanfare un processus inédit de désignation des candidats à la présidence de la Commission européenne, un processus de sélection directe au sein des partis politiques qui avait adoubé Jean-Claude Juncker, la principale famille européenne, celle du Parti populaire européen, s’est dotée jeudi en Finlande d’un candidat bien moins charismatique et surtout bien moins connu que le Luxembourgeois.

En la personne du Bavarois Manfred Weber, actuel eurodéputé et membre de la CSU et vers lequel va le «coeur » d’Angela Merkel comme elle l’a elle même dit jeudi, le PPE s’est assuré de l’essentiel sur le plan des idées : cet Allemand de 46 ans, partisan du maintien de Viktor Orban dans la famille, défendra une ligne claire fondée sur les racines chrétiennes de l’Europe, la lutte contre l’immigration illégale, la défense des frontières extérieures et la lutte contre les pourfendeurs de l’intégration européenne.

Plus le même vivier de candidats

Mais ce n’est pas forcément lui qui sera le successeur de Jean-Claude Juncker. Toutes les familles politiques européennes s’étaient engagées en 2014 à lancer ce processus de sélection pour se rapprocher des citoyens. A l’époque, il s’agissait de donner de la visibilité à l’Union européenne et de donner aux gens l’impression qu’ils pouvaient choisir les têtes de l’exécutif européen. Cette année, le PPE, comme la famille sociale-démocrate, n’a pas eu le même vivier de candidats que la dernière fois, lorsque Jean-Claude Juncker et Michel Barnier s’affrontaient, tandis que l’Allemand Martin Schulz courait pour les socialistes, le Français José Bové pour les Verts et le premier ministre Alexis Tsipras pour la gauche radicale.

Quatre ans plus tard, très peu de gens ont entendu parler de Manfred Weber, qui passe pourtant pour un homme de synthèse efficace à Bruxelles. Angela Merkel, qui avait fait la pluie et le beau temps en 2014 au profit de Jean-Claude Juncker, est affaiblie et n’apprécie guère ce type de sélection appelé processus des ‘Spitzenkandidaten’. Quant aux socialistes, ils n'ont même pas mené de course cette année et se sont portés sans vote sur Frans Timmermans, l’actuel vice-président de la Commission qui gère la querelle avec Varsovie sur l’Etat de droit.

De son côté, la famille libérale a aussi jeté l’éponge : elle fera campagne pour une équipe et non une personne spécifique. Son patron belge Guy Verhofstadt, qui défendait bec et ongles en 2014 ce processus plus démocratique, l’a aujourd’hui mis à la poubelle pour tenter de se rapprocher du parti En Marche d’Emmanuel Macron, opposé à ce mode de désignation. En dehors des noms de Margrete Vestager, la commissaire européenne danoise à la Concurrence, très influente mais pas forcément soutenue par son pays, et de Guy Verhofstadt pour former cette équipe, le choix semble aussi assez maigre chez les Libéraux.

Manfred Weber, un profil discret

Cette désaffection fait les affaires de certains. Beaucoup espéraient jeudi à Helsinki qu’une carte puisse encore être jouée par le Français Michel Barnier au lendemain des élections européennes, lui qui, en théorie, aura bouclé les négociations du Brexit en mai prochain. Des résultats compliqués sans majorité claire ouvriraient aussi éventuellement  la voie à d’autres figures. Mais Manfred Weber a un atout : après une Commission européenne Juncker très politique qui a parfois pris des initiatives peu appréciées au PPE, sur la migration par exemple, un profil plus discret et plus porté à se mettre au service des dirigeants pourrait séduire.

L’Allemand s’est dit convaincu jeudi qu’avec un résultat claire et une nette avance du PPE en mai prochain, il deviendrait le légitime successeur de Juncker. «Je ne peux pas imaginer que les chefs d’Etat puissent ignorer» le résultat du vote, a-t-il indiqué. Et il faudrait aussi que ces mêmes leaders du PPE puissent lui expliquer pourquoi, cette semaine en Finlande, ils l’ont alors soutenu à 80%. 

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