Le «Vieux» est mort et certains veulent y voir la fin annoncée de la guérilla colombienne; Manuel Marulanda dirigeait les FARC depuis 1964. «Il était le chef incontesté depuis la création du mouvement, rien n'était discuté sans lui, note Gérard Chaliand, auteur de nombreux ouvrages sur les conflits irréguliers*. La succession sera forcément difficile, le groupe pourrait s'atomiser faute de leadership.»

Agé et malade, Manuel Marulanda restait une figure de référence pour ses troupes. «Les guérillas étant par définition irrationnelles - les cas de victoires sont assez rares -, elles ont besoin d'un leader charismatique pour fédérer les combattants, arguë Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques. Les FARC se sont peu à peu transformées d'un mouvement dur, je dirais presque pur, à une organisation de trafic, de criminalité et de racket. La déliquescence viendra certainement de conflits internes.»

Moribonde ou non, la guérilla marxiste est forcément affaiblie par le décès récent de trois de ses dirigeants (voir infographie). Les autorités colombiennes en sont conscientes et ne cessent de multiplier les appels à la reddition. Le président Alvaro Uribe promet quelques liasses de dollars et un exil français à tous ceux qui sortiront de la jungle. «Il est difficile de savoir combien seront prêts à désarmer, admet Gérard Chaliand. Certains sont nés chez les FARC, ils ne peuvent imaginer une existence différente. D'autres sont âgés, usés par la guerre et pourraient se laisser tenter. Reste la question de la confiance.» En 1985 en effet, les FARC ont une première fois accepté de troquer les kalachnikovs contre un parti politique - «L'Union patriotique». Des centaines, ou des milliers de sympathisants, selon un bilan toujours controversé, ont été assassinés peu après.

Multiplicité de scénarios possibles

Différents modèles ont mené à l'élimination de guérillas à travers la planète, de la victoire cubaine à la rémission irlandaise en passant par la conquête politique du Népal. Difficile, pour l'heure, de savoir quelle sera la voie colombienne.

Baisse du financement et disparition du chef figurent en bonne place dans les causes d'affaiblissement d'un groupe de résistance armée. «Le Sentier lumineux, au Pérou, s'est effondré après l'arrestation de son leader, de même que le PKK avec Öcalan (ndlr: rébellion kurde de Turquie), dans une moindre mesure, souligne Gérard Chaliand. Des meneurs de ce genre auraient eu tout intérêt à se suicider juste avant leur capture.»

Au Salvador, en Irlande ou encore au Kosovo, des négociations ont abouti au désarmement des troupes. Des politiques de réconciliation nationale ont été menées au Guatemala ou au Chili. Au Népal, les maoïstes ont fini par réintégrer le jeu politique classique, remportant les élections d'avril dernier et boutant le roi Gyanendra hors de son palais. «D'une manière ou d'une autre, les chefs des guérillas sont récupérés après leur abdication car ils font partie des meilleurs éléments de la nation, constate Jean-Vincent Brisset. Seuls les plus dévoyés sont emprisonnés ou assassinés. Les autres sont réintégrés. Aucun pays ne peut se passer de ces élites.»

Une victoire militaire, enfin, est parfois possible. En témoignent les exemples vietnamiens ou cubains.

* Dernière parution:«Le nouvel art de la guerre», Editions L'Archipel.