Etats-Unis 

Le faucon John Bolton viré de la Maison-Blanche

Afghanistan, Corée du Nord, Iran, Venezuela: les divergences de vues entre Donald Trump et son conseiller à la sécurité nationale sur des dossiers stratégiques devenaient de plus en plus flagrantes. Un belliciste de moins à Washington

Dans la valse des limogeages qui agite l’administration Trump depuis le début, c’est au tour de John Bolton, que beaucoup pensaient indéboulonnable, de s’être retrouvé sur un siège éjectable. Comme de coutume, Donald Trump a annoncé par tweet, mardi, qu’il se séparait de son conseiller à la sécurité nationale, un poste hautement stratégique. «J’ai informé John Bolton hier soir que nous n’avions plus besoin de ses services à la Maison-Blanche, écrit le président. J’étais en désaccord avec nombre de ses suggestions, comme d’autres au sein de cette administration.» Son successeur devrait être connu dès la semaine prochaine.

Retrouvez notre portrait publié lors de sa nomination: John Bolton, un faucon prêt à bombarder l’Iran

Un va-t-en-guerre

Une surprise? Le faucon John Bolton, qui affirme d’ailleurs avoir lui-même donné sa démission, est un souverainiste va-t-en-guerre incarnant une politique dure, sans concession. Le président américain a dû tempérer à plusieurs reprises ses propos bellicistes, à propos de l’Iran notamment. Mais, pas plus tard qu’en avril, il avait pris sa défense et tenu à «rassurer» après une série d’articles mettant en exergue les divergences grandissantes entre les deux hommes. «John est très bon. John a une vision très dure des choses, mais ça va. En fait, c’est moi qui pondère John, ce qui est assez incroyable. J’ai John, et j’ai d’autres gens qui sont davantage des colombes que lui. Et in fine, c’est moi qui prends les décisions», a assuré Donald Trump.

Ce limogeage intervient alors que le président des Etats-Unis vient d’annuler une rencontre secrète prévue à Camp David avec des talibans. Il a décidé de mettre fin aux négociations alors que son chef de la diplomatie, Mike Pompeo, n’excluait pas une reprise des discussions. Une preuve de plus d’un manque de concertation et d’unité au sein de son équipe. Plusieurs médias américains ont rapporté que tant le vice-président Mike Pence que John Bolton voyaient d’un très mauvais œil la venue des talibans à Camp David.

Cette affaire a semé la zizanie et poussé Donald Trump, qui multiplie les signaux contradictoires ces dernières semaines, à se justifier par tweet. «Il y a beaucoup de fake news selon lesquelles j’aurais tranché contre l’avis du vice-président et de divers conseillers sur une rencontre éventuelle avec les talibans à Camp David. Cette histoire est fausse!» s’est-il insurgé.

Un des architectes de l’invasion de l’Irak

Afghanistan, Corée du Nord, Iran, Venezuela, Chine: les divergences de vues entre Donald Trump et John Bolton devenaient de plus en plus flagrantes. Le néoconservateur John Bolton, qui a été l’un des architectes de l’invasion de l’Irak en 2003, n’a par exemple jamais cru aux négociations avec le leader nord-coréen Kim Jong-un à propos de la dénucléarisation de la péninsule.

Quant à l’Iran, il l’a clairement accusé, le 30 mai, d’être responsable des attaques de pétroliers dans le port de Foujeyra (Emirats arabes unis) alors que Donald Trump s’est montré plus prudent. Mais surtout, le 20 juin, Donald Trump a surpris son monde en annonçant qu’il avait été «à dix minutes» de bombarder l’Iran, avant d’y renoncer. Un revirement qui, déjà, représentait une forme de désaveu de John Bolton. Selon le New York Times, le président a préféré suivre au dernier moment les conseils de Mike Pompeo, lors d’une réunion de crise dans la Situation Room. Il n’exclut désormais pas de rencontrer son homologue iranien Hassan Rohani.

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Devenu trop influent?

Avant Donald Trump, le sulfureux John Bolton avait déjà travaillé pour trois présidents républicains, Ronald Reagan (1981-1989), George H. W. Bush (1989-1993), puis George W. Bush (2001-2009). Il a aussi été ambassadeur auprès de l’ONU. Donald Trump l’avait probablement nommé, en mars 2018, en raison de ses positions tranchées, de son franc-parler, de ses attaques au vitriol contre les institutions. Son limogeage représente-t-il vraiment une volonté de réorienter la politique étrangère américaine, en faisant définitivement pencher la balance du côté du plus diplomate et pragmatique secrétaire d’Etat Mike Pompeo? Donald Trump a, on le sait, aussi tendance à être effrayé par ceux qui sont susceptibles de lui tenir tête et de lui faire de l’ombre.

Le belliciste John Bolton serait-il devenu gênant car trop influent? Son limogeage n’est pas sans rappeler celui d’un autre personnage controversé, Steve Bannon, un ex-stratège de Donald Trump passé très vite du statut d’éminence grise à celui de paria indésirable.

Retrouvez notre interview de John Bolton publié en 2008: «L'ONU a échoué à combattre les pires menaces contre la liberté»

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