Le prix à payer de la position de la France dans la guerre en Ukraine, inflation et pénuries énergétiques, commence à fendiller le front anti-Poutine dans le pays. Une fébrilité de l’opinion qui semble pousser Emmanuel Macron à prendre les devants. Il a appelé ce mercredi le gouvernement à «l’unité» face à «la grande bascule que nous vivons» avec «la fin de l’abondance».

Dans un discours très alarmiste, le 19 août à Bormes-les-Mimosas, lors de la célébration du 78e anniversaire de la libération de la ville, contexte symbolique s’il en est, le chef de l’Etat affirmait déjà: «Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient (…) et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté.» En réaction, le député candidat à la présidence des Républicains Eric Ciotti avait estimé qu’Emmanuel Macron devait «s’expliquer»: «Est-ce que le président de la République ne veut pas mettre sous la responsabilité du conflit ses fautes intérieures?» En renvoyant «à ce qui s’annonce sur l’énergie», le leader de la droite dure entendait affirmer que si «on en est là, c’est pour une part très importante» en raison des «erreurs» du gouvernement. On voit bien en quoi une crise énergétique pourrait coûter cher au président.

Lire aussi: Pensez bien à faire pipi sous la douche

François Heisbourg, conseiller à la Fondation pour la recherche stratégique, pense cependant que les réserves de gaz françaises devraient permettre d’éviter une telle crise: «Les prix de l’énergie augmentent et l’idée s’est installée qu’on va avoir des problèmes de pénurie. Ce climat est assez propice aux déclarations de l’opposition. Mais je pense que de manière assez habile Emmanuel Macron s’est mis en situation de pouvoir dire à la fin de l’année: «Regardez l’état des réserves en France, ça va très bien merci, on a bien géré l’affaire et c’est grâce à vos efforts mes chers compatriotes que nous avons réussi à surmonter la situation.»

Le spécialiste des questions de défense s’explique: «Aujourd’hui on dépasse un niveau de stock de plus de 88%, ce qui est davantage que l’année dernière et comparable aux années précédentes. On est clairement parti pour atteindre en avance l’objectif des 100% de réserves d’ici à novembre. Autrement dit, il faudrait un nouvel âge de glace ou un hiver comme celui de 1963 pour qu’on ait le moindre problème de pénurie de gaz en France. La même chose est en train de se passer en Allemagne et en Italie dans une moindre mesure.»

«Les gens crient avant d’avoir mal»

François Heisbourg pense donc que l’opposition «va se retrouver très bête d’avoir tenu ce discours catastrophiste sur les sanctions et le fait qu’on va avoir froid cet hiver. On est dans une situation où les gens crient avant d’avoir mal.»

Lire aussi: Le karting des polémiques françaises démarre au quart de tour

Quant au prix de l’énergie, «qui est une autre question», le gouvernement a choisi selon lui une politique d’aide qui atténue fortement le choc. «La France pourrait, qui plus est, comme l’ont fait le Portugal et l’Espagne, sortir du marché commun en matière de prix de l’électricité, qui est aligné sur le prix du gaz, une décision poussée par l’Allemagne à l’époque et qui provoque des augmentations jugées artificielles. Ce marché n’a rien de sacro-saint, il n’est pas sur le plan juridique comme le marché unique de l’Union européenne.»