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L'empereur Akihito et l'impératrice Michiko, dans les jardins du palais Akasaka à Tokyo, avril 2016. 
© shizuo kambayashi

Asie

Pourquoi il faut s’intéresser à la démission (possible) de l’empereur du Japon

Cette histoire mêle modernité, pacifisme, médias manipulés, et égalité des sexes

[Article publié le 7 juillet 2016 et mise à jour le 8 août]

Partira, partira pas? Akihito, 82 ans, est à la tête du pays depuis 1989, après la mort de son père le controversé Hirohito, aux commandes du pays lors de la Seconde Guerre mondiale. Opéré d’un cancer de la prostate en 2003, et du cœur en 2012, il n’a pas caché récemment qu’il était fatigué. Mais aucun empereur n’a démissionné depuis plus de 200 ans, et il faudrait même changer la Constitution pour que l’empereur passe la main: ce n’est pas du tout prévu aujourd’hui.

D’où l’émoi qui saisit le Japon. Car cette abdication possible touche à une part profonde de l’identité du Japon. Quatre raisons pour lesquelles il faut s’y intéresser.

1- Akihito est le gardien d’un Japon pacifiste

En gagnant la guerre en 1945, les Américains ont bien pris soin de ne plus laisser qu’un rôle cérémoniel à l’empereur: celui-ci est aujourd’hui un symbole de la Nation très aimé et très respecté. Akihito a beaucoup promu la réconciliation, ainsi que le note «The Guardian», il a souvent exprimé ses «profonds remords» devant les «grandes souffrances» infligées par les troupes japonaises sur le Continent, notamment lors des commémorations du 70e anniversaire de la fin de la guerre l’année dernière. Son fils le prince Naruhito a souvent défendu la Constitution pacifiste du Japon, qui renonce «à jamais» à la guerre dans son article 9; il a lors de ses 55 ans l’année dernière insisté sur «le prix de la paix qu’il voulait graver dans les esprits».

De quoi mettre en furie les nationalistes, qui voient la Charte fondamentale comme une insupportable humiliation, et qui rêvent de la réécrire. Les Libéraux démocrates du premier ministre Shinzo Abe viennent d’ailleurs de remporter une belle victoire en obtenant dimanche dernier les deux tiers des sièges du Sénat, ce qui ouvre la voie à une possible révision de la Constitution, note le «New York Times». L’abdication de l’empereur rebattrait les cartes politiques.

2- Akihito est une figure réconfortante

Très populaire, l’empereur n’a jamais ménagé sa peine pour rapprocher la famille impériale du peuple, imposant l’image d’une monarchie «de classe moyenne» écrit le «Huffington Post», même si la réalité du Trône du chrysanthème pouvait être différente. Il a eu des mots forts lors de la catastrophe de Fukushima et lors des tremblements de terre à Tohoku et Kyushu il a passé sept semaines sur place avec son épouse, l’impératrice Michiko. Il discute volontiers lors de ses voyages, et a réussi avec ses comportements modérés à éloigner toute trace de monarchie «bling bling», et les critiques qui vont avec. Son règne est associé à la prospérité économique, et c’est un rassembleur, à une époque où la région est en plein bouleversement, avec la Chine qui se hausse du col et l’exécutif japonais qui entend refaire du pays une grande puissance régionale. Son départ sera un petit séisme.

3- Akihito est un modernisateur qui fait du bien à la cause des femmes

D’abord c’est le premier empereur qui a épousé une roturière, Michiko Shoda, la fille d’un riche industriel, qu’il a rencontrée sur un court de tennis. Ensuite, son fils le prince Naruhito n’ayant qu’une fille, la princesse Aïko, 14 ans, son arrivée au pouvoir posera forcément la question de la pertinence de la loi salique, note l’agence Reuters. Car le pouvoir ne se passant qu’aux héritiers mâles, c’est un neveu âgé actuellement de 9 ans, le prince Hisohito, qui sera le prochain dans la ligne de succession. Un comité de l’ONU a au printemps critiqué la discrimination sexiste de la loi impériale – avant de battre en retraite devant l’indignation des nationalistes, outrés qu’on remette en cause l’histoire ancestrale du Japon.

4- L’affaire Akihito, une manipulation médiatique?

Dernière raison pour laquelle la possible abdication de l’empereur trouve des échos dans le monde entier: des soupçons d’information orientée, certes pas une spécificité japonaise. Car la chaîne à l’origine de l’information, NHK, la chaîne publique, est montrée du doigt, notamment par le «Los Angeles Times». L’ex-chaîne de référence est en effet dirigée depuis 2012 par un ami du premier ministre Shinzo Abe, Katsuto Momii, qui s’est vite distingué en déclarant que NHK devait s’aligner sur la politique du gouvernement, expliquant qu'«on ne peut pas dire «gauche» si le gouvernement dit que c’est «droite». Un essai récent affirme que le gouvernement d’Abe a la haute main sur toutes les informations diffusées, et le quotidien libéral Asahi Shimbun a ces derniers jours découvert que le président du Conseil de surveillance de la NHK était aussi le conseiller spécial d’un groupe religieux d’extrême droite Nippon Kaigo, qui rêve d’une nouvelle Constitution. NHK n’a pas commenté le démenti de la présidence, note le «LATimes». Mais le «timing» des rumeurs d’abdication ne serait pas anodin.

L’abdication possible d’Akihito – si elle a lieu – ouvrira à coup sûr une période d’incertitude. Seules les sociétés d’édition se frottent les mains, voyant leurs cours bondir en bourse: l’agence Bloomberg rappelle que le Japon utilise un calendrier impérial, nous sommes dans l’année Heisei 28, la 28e année du règne d’Akihito, intitulé Heisei («gagner la paix»). Si Akihito part, il faudra réimprimer des millions de documents officiels…

 

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