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Ces faux comptes russes qui ont influencé la campagne américaine

Selon le «New York Times», des centaines de faux profils automatisés ont été créés par une société proche du Kremlin pour diffuser des messages anti-Hillary Clinton sur Facebook et Twitter

L’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine de novembre dernier a souvent été pointée du doigt. Le New York Times révèle aujourd’hui l’existence de centaines de faux comptes d’utilisateurs américains, créés par la Russie pour relayer des contenus hostiles à la candidate démocrate Hillary Clinton. Actifs sur Facebook et Twitter durant la campagne, la plupart de ces profils étaient des «bots» et diffusaient du contenu de manière automatique.

Exemple avec un certain Melvin Redick. En juin 2016, cet Américain à l’allure joviale postait sur Facebook un lien vers le site DCLeaks, censé révéler la «vérité à propos d’Hillary Clinton, George Soros et d’autres leaders aux Etats-Unis». Problème: aucune trace de l’individu à la casquette de baseball dans les registres de Pennsylvanie. Et pour cause, Melvin Redick n’existe pas. Sa photo de profil est celle d’un jeune Brésilien, sans lien aucun avec les Etats-Unis.

«Intervention étrangère sans précédent»

«Il s’agit de l’une des premières démonstrations publiques d’une intervention étrangère sans précédent dans la démocratie américaine», tance le quotidien new-yorkais, qui a enquêté de concert avec l’entreprise de cybersécurité FireEye. Quelques jours plus tôt, le site DCLeaks, alimenté par des hackers russes, avait commencé à relayer des échanges d’e-mails du parti démocrate et d’autres documents confidentiels subtilisés. En septembre 2015 déjà, le New York Times avait publié une enquête sur des hacking russes au sein du Comité national démocrate, l’organe chargé d’organiser les primaires du parti.

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«Mercredi, Facebook a fait fermer plusieurs centaines de faux comptes soupçonnés d’avoir été créés par une société russe proche du Kremlin», révèle encore le quotidien new-yorkais. Le montant investi en espaces publicitaires pour diffuser des sujets politiquement orientés, entre juin 2015 et mai 2017, s’élève quant à lui à 100 000 dollars. Les bots, programmés pour poster en continu, publiaient parfois le même message à quelques secondes d’intervalle, dans l’exact ordre alphabétique de leur nom d’emprunt. Le jour de l’élection, par exemple, le hashtag #WarAgainstDemocrats a été relayé plus de 1700 fois.

Pas de vérification systématique

«Nous savons que nous devons rester vigilants pour tenir éloignées les personnes qui tentent d’abuser de nos plateformes, a déclaré Alex Stamos, chef de la sécurité Facebook. Nous allons protéger l’intégrité dans les discours citoyens.» Ni Twitter ni Facebook ne vérifient pourtant les identifiants utilisés lors de l’inscription. Ils n’interdisent pas non plus les comptes automatiques. Selon le géant bleu, les dérives liées à l’élection américaine ne représentent qu’une minorité des contenus publiés.

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Si Twitter a annoncé en juin vouloir «redoubler d’efforts pour prévenir les manipulations», il ne compte toutefois pas se faire «l’arbitre de la vérité»: «Il nous est impossible de vérifier si le moindre tweet de nos millions d’utilisateurs est vrai ou pas.»

Vladimir Poutine dément

Dans une interview donnée en juin dernier à la chaîne NBC News, le président russe, Vladimir Poutine, a démenti toutes accusations d’ingérence. «Les adresses IP, qui identifient le propriétaire d’un ordinateur privé, sont faciles à fabriquer. De nos jours, les spécialistes des nouvelles technologies peuvent arranger les choses de manière à blâmer quiconque. Il n’y a pas de preuve.»

Malgré la difficulté de définir avec précision l’origine d’une cyberattaque, l’Agence d’intelligence centrale, le Bureau fédéral d’investigation et l’Agence de sécurité nationale américaine sont formels: nous pouvons affirmer «avec une haute certitude» que Vladimir Poutine a coordonné une opération d’influence pour affaiblir la campagne d’Hillary Clinton et aider celle de Donald Trump.

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