Justice

«Le FBI se livre à un abus de pouvoir»

L’auteur Ivan Greenberg met en garde contre une trop grande indépendance de l’organisme

Auteur du livre Surveillance in America: Critical Analysis of the FBI, 1920 to the Present (2012), l’historien et écrivain Ivan Greenberg décrypte les relations chaotiques entre Donald Trump et le FBI.

Le Temps: Donald Trump n’est pas le premier président américain à avoir une relation complexe avec le FBI. Mais n’assiste-t-on pas à des échanges d’une violence jamais atteinte?

Ivan Greenberg: Le niveau actuel d’hostilité entre le président Trump et le FBI est effectivement du jamais-vu dans l’histoire des Etats-Unis, en particulier parce qu’il a lieu en public et non en coulisses. D’autres présidents se sont opposés au FBI, comme John F. Kennedy, mais pas avec une telle rancœur aussi ouvertement affichée. Le FBI a enquêté sur Donald Trump, ou du moins gardé un œil sur lui, pendant de nombreuses années. Après tout, son associé de longue date, le promoteur immobilier Felix Sater, était employé comme informateur infiltré. Les relations passées de Trump avec le FBI l’ont probablement aidé à se forger l’opinion qu’il en a aujourd’hui.

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Quels risques prend Donald Trump en menant cette guerre ouverte contre le FBI?

Je ne pense pas que le président Trump ait beaucoup à perdre en s’opposant au FBI. Les récentes révélations selon lesquelles le bureau a ouvert une enquête sur lui pour déterminer s’il était un agent œuvrant pour un Etat étranger, en l’occurrence la Russie, sont sans précédent: jamais auparavant une telle enquête n’avait visé un président. Je considère qu’il s’agit du plus grand abus de pouvoir de la part du FBI depuis le tristement célèbre Cointelpro [programme de contre-espionnage du FBI qui avait pour objectif d’enquêter sur les organisations politiques dissidentes aux Etats-Unis et de les perturber], en vigueur entre 1956 et 1971. C’est très dommageable pour les institutions américaines.

Abus de pouvoir? Que voulez-vous dire?

Le FBI se livre à mon avis à un abus de pouvoir parce que l’enquête de contre-espionnage menée contre Donald Trump ne semble pas être fondée sur des preuves concrètes de collaboration avec la Russie. Cela semble plutôt lié au contexte particulier de l’époque et peut apparaître comme une forme de représailles contre le licenciement du patron du FBI James Comey. Un problème connexe est la question de la mise sur écoute du président. Si le FBI l’avait fait, ce serait une première.

Donald Trump est le deuxième président à licencier un patron du FBI. Bill Clinton l’avait fait en 1993, avec William Sessions. En quoi la situation est-elle différente aujourd’hui, à part, bien sûr, le fait que Donald Trump soit empêtré dans une affaire qui menace son mandat?

Le contexte temporel est très différent. Donald Trump l’a fait dans un contexte post-11-Septembre et de «guerre contre le terrorisme», où le FBI ne tolère plus que son pouvoir soit défié, même par un président. Le FBI vante la nécessité de son «indépendance», mais cela peut conduire à des enquêtes politiquement biaisées qui représentent une menace pour notre société démocratique et constitutionnelle. On l’a vu dans le passé: une grande partie de cette prétendue «indépendance» a permis au bureau d’espionner les Américains et d’échapper à la responsabilité du Congrès ou du Département de la justice.

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