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Félix Tshisekedi fait un pas décisif vers la présidence

La Cour constitutionnelle a confirmé dimanche les résultats controversés de la présidentielle. L’opposant Félix Tshisekedi sera rapidement intronisé avec la bénédiction du président sortant, Joseph Kabila

La République démocratique du Congo (RDC) a désormais deux présidents. L’un est sur le point d’être intronisé à la tête de l’immense pays aux ressources minières convoitées: la victoire douteuse de l’opposant Félix Tshisekedi a été confirmée dimanche par la Cour constitutionnelle. Après cette décision, le probable futur président s’est voulu rassembleur: «Ce n’est pas la victoire d’un camp contre l’autre», a-t-il déclaré dans une vidéo. Mais Martin Fayulu, son rival de l’opposition, s’est immédiatement proclamé «seul président légitime». Il revendique plus de 60% des voix lors des élections générales du 30 décembre.

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La Cour constitutionnelle s’en est tenue aux résultats provisoires annoncés le 10 janvier. Des résultats qui donnaient Félix Tshisekedi vainqueur (avec 38,5% des suffrages), devant Martin Fayulu (34,8%) et le dauphin désigné du président sortant Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary (23%). A la veille du scrutin, Félix Tshisekedi s’était rapproché de Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, lui promettant une transition en douceur. Le parti du président a, en outre, conservé une large majorité au parlement.

Le calme, malgré les appels à manifester

Face à l’alliance du camp présidentiel avec Félix Tshisekedi, Martin Fayulu appelle les Congolais à des «manifestations pacifiques» à travers le pays. Mais Kinshasa était calme dimanche. Internet, suspendu au lendemain du scrutin, vient d’être rétabli. En revanche, selon l’AFP, des policiers étaient déployés en nombre samedi soir à Kikwit (ouest), l’un des fiefs de Martin Fayulu, où cinq personnes avaient été tuées le 11 janvier lors de protestations à la suite de l’annonce des résultats provisoires.

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Réputée proche du régime Kabila, la Cour constitutionnelle a jugé «infondé» le recours de Martin Fayulu, qui demandait un recomptage des voix. Après les premiers résultats, l’influente Eglise catholique, qui affirme avoir déployé 40 000 observateurs électoraux le 30 décembre, assurait que l’ordre annoncé du tiercé ne «correspondait pas» à ses observations. Une fuite, à partir d’un serveur de la commission électorale indépendante, donnait également Martin Fayulu vainqueur.

Les Africains divisés

Les juges de la Cour constitutionnelle sont restés sourds aux appels de l’Union africaine (UA). Jeudi soir, les présidents de plusieurs pays du continent les avaient appelés à «suspendre» la publication des résultats, évoquant leurs «doutes sérieux» sur la victoire de Félix Tshisekedi. L’UA a reporté une mission de médiation prévue ce lundi. Sous l’impulsion de l’Afrique du Sud, l’autre organisation régionale, la Communauté de développement de l’Afrique australe, a par contre félicité Félix Tshisekedi, demandant le «respect» de la «souveraineté» de la RDC. Les «doutes subsistent», s’est borné à déclarer un porte-parole de l’Union européenne.

Le régime de Joseph Kabila et Félix Tshisekedi parient sur la lassitude des Congolais, alors que le pays est toujours gangrené par les conflits sur fond de lutte pour l’accès aux minerais. «Les Congolais voulaient tourner la page Kabila. Ils auront officiellement un nouveau président, ils espèrent que ce sera aussi le cas dans les faits», analyse Thierry Vircoulon, chercheur à l’Institut français des relations internationales.

Félix Tshisekedi, qui a succédé à la tête du plus grand parti d’opposition congolais à son père Etienne décédé en 2017, figure tutélaire du combat pour la démocratie en RDC, doit prêter serment cette semaine. Ce sera la première transition pacifique de l’histoire congolaise, même si elle a le désagréable parfum de l’arrangement.

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