Les culottes scotchées sur des pancartes, les «pussy hats» roses aux oreilles de chat et les affiches féministes affluaient déjà tôt le matin dans les métros de New York. Portés par des femmes et des hommes. Lieu du rendez-vous: près des bâtiments de l'ONU, à Manhattan. Belinda a tricoté des petits bonnets pour ses deux fils. Elle est Mexicaine et sa pancarte, explicite: «Si Trump construit le mur, j'éduque mes enfants pour le détruire». «J'avais besoin de venir ici, c'est un moment important. Il n'y a pas que les propos sexistes et irrespectueux du président qui me dérangent. Mais l'ensemble de ses valeurs», confie-t-elle.

Des gens de tous âges

A New York comme ailleurs dans le pays, la Marche des femmes («Women's March»), qui se voulait pacifiste, a regroupé des gens de tous âges, et beaucoup d'hommes. Près de deux millions de personnes ont manifesté samedi aux Etats-Unis, pour défendre les droits civiques, les valeurs démocratiques et les droits des femmes, la plupart choqués par le discours nationaliste et isolationniste tenu vendredi par Donald Trump après sa prestation de serment.

Un million à Washington

A Washington, les protestataires était environ un million selon des estimations des organisateurs et de la mairie. Un grand succès. A New York, ils étaient près de 500 000 à brandir des panneaux et s'être inscrits. Sérieusement encadrée par des policiers très affairés en voiture, à pied ou à vélo, la marche a terminé son parcours devant la Trump Tower, sur la 5e avenue, qui abritait jusqu'ici le couple Trump dans un luxueux penthouse niché dans les trois derniers étages. Plusieurs stars ont fait leur apparition dans la foule. Parmi elles, les comédiennes Whoopi Goldberg et Helen Mirren.  

De quoi s'est vanté Trump

Martine est binationale, Suisse et Américaine. Elle est venue de Suisse pour la marche, un bon prétexte pour faire une escapade à New York, une ville qui lui est chère. «Par solidarité et pour exprimer ma désapprobation. Avec sa vision des Etats-Unis et du monde, Donald Trump menace de revenir en arrière dans un certain nombre de domaines, comme par exemple le droit à l'avortement garanti par la Cour suprême à travers l'arrête Roe v. Wade». Martine ne porte pas de «pussy hat». «Nous devons rester dignes. Je trouve déplacé et pas nécessaire de recourir à un langage ou comportement qui ressemble au sien». Une allusion aux nombreux «pussy», vagins et utérus déclinés sous toutes leurs formes, pour répondre aux propos tenus par Donald Trump qui s'est vanté de pouvoir, en raison de sa notoriété, tout faire et notamment «saisir les femmes par leur chatte».

«Make America think again»

Accroupi devant un immeuble, en train de donner un dernier coup de pinceau à sa pancarte, John est venu avec ses amis. «Je suis là pour manifester contre la haine, le racisme et le sexisme. Et surtout contre l'irrespect envers les minorités, les migrants, les femmes et les musulmans. Donald Trump est maintenant notre président, je ne remets pas en question son élection, mais il est important de ne pas baisser les bras quand des valeurs aussi importantes sont bafouées». 

Parmi les slogans anti-Trump, les «Je suis femme et je rugis», «Les femmes s'érigent en mur», «Ne jamais croire que se battre pour les droits des femmes ne vaut pas la peine» ou encore les «Make America Think Again», qui détourne le slogan du milliardaire républicain, il y avait aussi des déclarations d'amour pour Barack Obama et Hillary Clinton. L'ancienne candidate démocrate a d'ailleurs exprimés son soutien sur Twitter: «Merci de vous lever, de vous exprimer et de marcher pour nos valeurs @womensmarch. Important comme jamais. Je crois vraiment que nous sommes toujours plus forts ensemble», a-t-elle écrit.

Des marches similaires se sont déroulées dans le monde entier, comme par exemple à Genève, mais aussi à Sydney ou encore à Durban, en Afrique du Sud. Au départ, tout est parti d'un simple appel Facebook d'une retraitée américaine, ulcérée par le sexisme de celui qui n'était alors que candidat à la présidentielle. Elle n'aurait jamais pensé déclencher un élan de solidarité aussi important.


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