Ces femmes qui rejoignent l’Etat islamique

Djihad Sept membres d’une cellule de recrutement arrêtés en Espagne et au Maroc

L’Etat islamique enrôle également des femmes, et ce dans le monde entier. C’est ce qu’est venue rappeler mardi l’arrestation de trois hommes et de quatre femmes en Espagne et au Maroc. Ces sept personnes, interpellées à Barcelone, dans les enclaves espagnoles d’Afrique du Nord Ceuta et Melilla, ainsi qu’à Fnideq, sont accusées par les autorités de Madrid d’appartenir à un «réseau de recrutement et d’envoi de femmes sur le front syro-irakien».

Le phénomène se précise de mois en mois. Les polices de différents pays, comme l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, l’Australie ou la Malaisie tombent de temps en temps, désormais, sur des femmes désireuses de s’engager dans les rangs de l’Etat islamique, quand elles n’apprennent pas la présence sur place de certaines de leurs ressortissantes. Ces contingents sont difficiles à chiffrer avec précision. Mais les spécialistes parlent de quelques centaines de volontaires.

«Ce n’est pas la première fois que des femmes sont signalées dans ce genre de groupes, rappelle Jean-Paul Rouiller, directeur du Geneva Centre for Training and Analysis of Terrorism (GCTAT) et associate fellow du Geneva Center for Security Policy (GCSP). Une activiste belge, Malika el-Aroud, veuve de l’assassin du commandant afghan Ahmed Chah Massoud, a été impliquée il y a quelques années dans toutes sortes de procès liés à Al-Qaida, au point de devenir une icône pour les djihadistes européens.»

Des profils variés

La présence de femmes se révèle cependant beaucoup plus importante auprès de l’Etat islamique qu’elle ne l’a jamais été auprès d’Al-Qaida. Et ses visages s’avèrent aussi sensiblement plus variés. Selon Melanie Smith, du Centre international d’étude de la radicalisation du King’s College de Londres, les premières à s’engager avaient pratiqué toute leur vie une interprétation extrême de l’islam. En revanche, les candidates actuelles au djihad sont sensiblement plus jeunes – elles ont souvent autour de 20 ans – et ne se sont pas montrées jusqu’alors particulièrement pieuses. Ce qui motive quantité d’entre elles semble être, comme pour beaucoup d’hommes, l’envie de vivre une «aventure». Dans ce but, de nombreuses femmes partent rejoindre leurs époux, tandis que d’autres gagnent la Syrie ou l’Irak pour se marier à des combattants, qu’elles tiennent pour des héros.

Paradoxalement, l’expérience consiste le plus souvent à mener une vie très traditionnelle. Certes l’Etat islamique se complaît dans sa propagande à montrer des femmes tirant au fusil, mais il n’entend pas les engager au combat comme le font les forces kurdes qu’il affronte. Et s’il en mobilise quelques dizaines dans une police des mœurs, la brigade Al-Khansa, chargée d’imposer aux autres femmes le respect de règles de vie très strictes, il réserve une vie cloîtrée à l’écrasante majorité d’entre elles. Le rôle principal qui leur est dévolu consiste à s’occuper des tâches domestiques et à procréer.

Un rôle considéré comme très important cependant. Les dirigeants de l’Etat islamique, comme l’indique le nom de leur organisation, s’efforcent de convertir leur rébellion armée en une sorte de gouvernement. Ils ont pour ce faire appelé des médecins, des ingénieurs et des architectes à les rejoindre. Leur souhait d’attirer des femmes répond à la même stratégie. «Leur objectif est de stabiliser leurs effectifs en permettant à leurs combattants de se marier, explique Jean-Paul Rouiller. Contrairement à Al-Qaida qui se comprend comme une force d’élite, ils entendent gérer des populations, ce qui suppose la formation de familles.»

D’énormes sacrifices

Il reste à savoir comment des femmes qui ont grandi en Occident peuvent se soumettre à une idéologie aussi machiste que celle de l’Etat islamique. «Il existe chez les hommes qui rejoignent l’Etat islamique une sublimation de la mort, avance Jean-Paul Rouiller. De la même façon, il peut y avoir chez les femmes qui les rejoignent une sublimation des contraintes qu’on leur impose. Dans un cas comme dans l’autre, les sacrifices consentis s’expliquent par une soif d’absolu.»