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Ferveur patriotique à Sébastopol

Concis, mais dans l’émotion, Vladimir Poutine achève sa campagne électorale dans un bastion du militarisme russe

Vladimir Poutine a choisi Sébastopol, port d’attache de la flotte russe de la mer Noire, pour son deuxième et dernier meeting politique avant sa réélection assurée dimanche. Meeting est un bien grand mot, mais les apparitions publiques de l’homme qui dirige la Russie depuis bientôt vingt ans se font de plus en plus rares et brèves.

Apparaissant comme tête d’affiche du «meeting-concert Russie-Sébastopol-Crimée», le chef d’Etat n’a parlé qu’une minute à la foule de 10 000 personnes rassemblée sur la principale place de la ville. «Vous avez pris une décision historique il y a quatre ans», a lancé Vladimir Poutine, en référence au référendum organisé en une dizaine de jours par Moscou et encadré par l’armée et des milices russes qui venaient de déferler sur la péninsule.

Hourras et applaudissements

«Vous avez rendu Sébastopol et la Crimée à notre patrie, notre maison, mère Russie […] avec cette décision, vous avez montré au monde entier ce que c’est qu’une véritable démocratie et non son imitation.» La foule répond par des hourras. «Il reste beaucoup à faire et nous y parviendrons car, lorsque nous sommes ensemble, nous constituons une force formidable capable de résoudre les problèmes les plus complexes.» Poutine remercie la foule, fait le signe de l’étreindre avec un bras, salue, et disparaît.

L’animateur de la soirée trotte vers le devant de la scène, et demande: «Vous avez fait votre choix pour les élections du 18 mars?» La foule répond par des applaudissements. L’assourdissante musique de variété reprend ses droits. Oleg Gazmanov, une vedette spécialisée dans la pop patriotique, entame son tour de scène en chantant «Russie! Dans ce mot il y a une immense force/La volonté de la victoire/Soulevons la gloire de la Russie/Elle vaincra ses ennemis…»

La ferveur se lit sur de nombreux visages. La foule ondule sous la pulsation de cet hymne disco, mais aussi pour se réchauffer. Le printemps est frisquet et la nuit est tombée. Beaucoup attendaient leur idole depuis plus de trois heures, un retard habituel pour Vladimir Poutine. Une bonne moitié du public est constituée de grands groupes organisés, portant des drapeaux russes, parfois en uniformes militaires, de cosaques ou de lycéens militaires.

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Rivaux voués aux gémonies

Ceux qui sont venus seuls ou en petits groupes forment le cœur de l’électorat Poutine. «Ici, tout le monde adore Poutine», clame Anastasia Drobitch, mère au foyer venue avec sa petite fille. «Les gens vont voter à 100% pour lui», poursuit-elle, sans une once d’ironie. Et les autres candidats? «Personne, à part Poutine», s’écrie-t-elle. Casquette de cuir noir vissée sur le crâne, regard défiant, Semion Mitrokhine marmonne que Poutine «sait se faire respecter. Il punit les traîtres et les ennemis», siffle-t-il en faisant allusion à l’empoisonnement de Sergueï Skripal, ancien espion russe réfugié au Royaume-Uni.

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«J’aimerais qu’il reste le plus longtemps possible au pouvoir, comme cela nous serons protégés.» Venue avec ses amies retraitées, Larissa Glouchenko ne tarit pas d’éloges sur Poutine, et voue ses rivaux aux gémonies: «Poutine est trop gentil. Je ne comprends pas pourquoi il laisse [la candidate libérale Ksenia] Sobtchak participer au scrutin. C’est une traînée! Elle est stupide. De toute façon, les femmes n’ont rien à faire en politique. Ce sont des hommes qui doivent diriger un pays comme le nôtre.»

«Un effort de longue haleine»

L’animateur interrompt une nouvelle fois la musique pour demander au public de «montrer son bonheur d’être rattaché à la Russie». «Oui!» répond d’un cri une dame en levant les bras. «C’est ce que nous voulions depuis vingt-quatre ans», explique Julia Tanchev, employée sur une base militaire. «Poutine construit un pont vers la Crimée, il fait réparer les routes et les infrastructures.»

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Pourtant, même dans le centre-ville de Sébastopol, la chaussée est en très mauvais état. Déficient, l’éclairage public éclaire faiblement les trottoirs défoncés et les façades de bâtiments pré-révolutionnaires à la splendeur perdue. «Ce n’est pas grave, ça viendra, dit-elle, radieuse. Poutine a dit que c’est un effort de longue haleine. Le plus important, c’est la paix.»

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