France

A Fessenheim, ce nucléaire fatal aux présidents

La promesse de François Hollande de fermer la centrale frontalière de la Suisse durant son quinquennat ne pourra pas être tenue. Le nucléaire reste un écueil au plus haut niveau de l’Etat

Ségolène Royal a aussitôt riposté. Pour la ministre française de l’Environnement, «le caractère inéluctable et irréversible du processus de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim est acté. L’État entérinera juridiquement cette décision dans les prochains jours.» Un communiqué déclenché par la décision, jeudi, du conseil d’administration d’EDF de reporter l’abrogation de l’autorisation d’exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim frontalière de la Suisse, que le président François Hollande avait, en 2012, promis de fermer avant la fin de son mandat.

Comme on pouvait s’y attendre à la veille de l’élection présidentielle, le géant public de l’électricité a de nouveau lié cette fermeture à la mise en service du futur réacteur EPR de Flamanville, dans la Manche, prévue pour 2019. L’argument d’EDF, dont l’actuel patron Jean-Bernard Levy a été nommé en 2014 par François Hollande, est que le coût de la fermeture de Fessenheim serait trop lourd à supporter sans l’apport énergétique de la centrale de Flamanville, dont l’exploitation aurait dû démarrer en 2012 et a subi de multiples et très onéreux retards.

La fermeture de Fessenheim, voulue par le gouvernement sortant socialiste et officialisée en 2016, est combattue par les représentants des 2200 salariés du site et par les élus locaux. Les autorités suisses, inquiètes de la vétusté de cette centrale alsacienne exploitée depuis 1978 à une cinquantaine de kilomètres de Bâle (c’est la plus ancienne du parc nucléaire hexagonal) ont à plusieurs reprises demandé à leurs interlocuteurs français un calendrier clair, sans réussir à l’obtenir. Une manifestation d’opposants à la poursuite de son exploitation a encore eu lieu en mars dernier des deux côtés de la frontière. Trois compagnies suisses d’électricité (Alpiq, Axpo et BKW) sont actionnaires du site et devront être dédommagées.

Pour un site pionnier

Le fait qu’EDF, dont l’Etat français est actionnaire à plus de 80%, n’exécute pas les consignes du gouvernement confirme à nouveau le poids du lobby nucléaire, à deux semaines du premier tour de la présidentielle le 23 avril. Deux des principaux candidats, François Fillon et Marine Le Pen, ont clairement annoncé qu’ils renonceraient à fermer Fessenheim et qu’ils renégocieraient les conditions d’indemnisation d’EDF, auquel l’Etat s’est engagé à verser 400 millions d’euros de compensation.

Le centriste Emmanuel Macron, qui a nommé Jean-Bernard Levy lorsqu’il était ministre de l’Economie, s’en tient lui au plan envisagé de transformer Fessenheim en un futur site pionnier pour le démantèlement des centrales. Il a confirmé vouloir «garder la trajectoire actuelle de la transition énergétique» (la loi votée en 2015 prévoit de diminuer la part du nucléaire à 50% en 2025 contre 75% actuellement) mais il ne s’est pas engagé sur une date. Une partie des écologistes qui le soutiennent, comme l’ancienne ministre Corinne Lepage, poussent pour une accélération de la fermeture s’il était élu le 7 mai à la présidence de la République.

Les deux «grands» candidats de la gauche, Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale) et Benoît Hamon (parti socialiste et Verts) défendent en revanche une fermeture immédiate des deux réacteurs de Fessenheim. Ce dernier s’est engagé à faire sortir la France du nucléaire, à l’image de l’Allemagne et de la Suisse, tout en maintenant les emplois sur les 19 centrales françaises (58 réacteurs).

La nouvelle a également provoqué la déception du Ministère allemand de l'environnement. «La décision du Conseil d'administration d'EDF est une grande déception. Une opportunité a été manquée», a déploré Rita Schwarzelühr-Sutter, la secrétaire d'Etat au Ministère allemand de l'environnement qui est en charge de la sécurité nucléaire.

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