Dialoguer, pour mieux réformer: emmenée par le réalisateur français Patrice Barrat, l'organisation Bridge Initiative International, qui est, ce samedi, l'invitée d'honneur du Festival international du film sur les droits humains (FIFDH), a fait du débat son cheval de bataille. «La dureté de la mondialisation est largement due à l'absence de dialogue», explique Patrice Barrat, 47 ans, et un beau palmarès de documentaires engagés derrière lui, dont le dernier, consacré au terroriste jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, vient d'être diffusé sur Arte et le sera bientôt sur la TSR.

«La dureté, c'est ce fossé entre ceux qui subissent les conséquences et ceux qui déterminent les changements, illustrée par l'incompréhension entre le Forum économique mondial de Davos et le Forum social de Porto Alegre, poursuit-il. Pour que les réformes proposées du système multilatéral et des Nations unies soient acceptables par tous, ces deux mondes doivent se parler, apprendre à s'écouter et à se respecter.» Le système ne bougera, en résumé, que si la participation active de la société civile est non seulement prise en compte au plus haut niveau de l'ONU, mais encouragée. Bridge Initiative International (http://www.bridge-initiative.org) a pour cela rédigé une plate-forme que ses concepteurs lanceront à Genève samedi en présence de Mats Karlsson, de la Banque mondiale, de Marta Mauras, collaboratrice du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, de Candido Grybowski, l'un des fondateurs du Forum de Porto Alegre et – en duplex – du milliardaire George Soros. Avec l'espoir que ces derniers la signeront, puis s'engageront à défendre cette charte au sein de leurs institutions respectives.

Voir se profiler cette initiative sur les bords du Léman n'est pas une surprise. C'est déjà en Suisse, à Davos en 2001, que Patrice Barrat a pour la première fois défendu l'idée d'un dialogue ouvert. Dans la station grisonne, le réalisateur avait à l'époque conçu un pont audiovisuel par satellite entre le Forum de Davos et les mouvements altermondialistes. Mark-Malloch Brown, alors administrateur du Programme des Nations unies pour le développement et aujourd'hui directeur de cabinet de Kofi Annan, s'était prêté au jeu, tout comme George Soros. Depuis, Bridge Initiative a multiplié ses «actes de médiation», conviant pour des rencontres de travail, à New York, à Londres, à Paris ou à Genève, hauts fonctionnaires onusiens, décideurs économiques et militants d'organisations non gouvernementales.

«Je pars du même principe que pour mes documentaires, détaille Patrice Barrat. Mon fil rouge, en télévision, a toujours été de remonter à la source, d'établir le lien entre le citoyen blessé ou spolié et les causes de ses difficultés. Je l'ai fait à Sarajevo, au Brésil, en Algérie. Etablir ce lien, c'est créer une impulsion commune. Notre atout, c'est d'offrir un terrain neutre de discussion et, à travers notre maîtrise des médias, une capacité de communication et de diffusion des idées qui germent lors de ces échanges.» Le FIFDH, en créant en son sein les premiers «Etats généraux des droits humains», ajoute donc à sa vocation de «tribune libre» celle d'espace de réflexion et de médiation.