La Corée du Nord a procédé samedi, pour la deuxième fois de la semaine, à une série de tirs de missiles, vraisemblablement pour adresser un message aux Etats-Unis, qui célèbrent ce 4 juillet leur fête nationale. Washington avait déjà annoncé envisager la possibilité d’un tir de missile à longue portée nord-coréen en direction de Hawaii, probablement le 4 juillet, jour anniversaire de leur indépendance.

Selon le Ministère sud-coréen de la défense, sept engins de courte portée (entre 400 et 500 km) ont été successivement tirés en mer du Japon depuis la côte orientale du pays communiste. Ces tirs constituent une violation flagrante de résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU interdisant à Pyongyang tout essai nucléaire ou tir de missile.

L’agence de presse sud-coréenne Yonhap a affirmé qu’il s’agissait de Scuds ou de Rodong-1, dont la portée théorique (1000-1300 km) aurait été bridée. Pyongyang avait testé jeudi quatre missiles, mais leur rayon d’action n’avait été estimé qu’à 120 km. Déjà en 2006, la Corée du Nord avait privilégié la fête nationale américaine pour effectuer les tirs de sept missiles, parmi lesquels un à longue portée Taeopodong-2 (6700 km) censé pouvoir atteindre l’Alaska. L’engin avait explosé peu après le décollage.

«C’est un avertissement voilé adressé aux Etats-Unis et à la communauté internationale leur signifiant que, la prochaine fois, cela pourrait être un missile longue portée», relève le professeur Kim Yong-Hyun de l’Université Dongguk, à Séoul. «Les essais de missiles de jeudi s’inscrivaient apparemment dans le cadre d’un exercice militaire, mais ceux d’aujourd’hui (...) semblent avoir des objectifs politiques», estime pour sa part un responsable gouvernemental sud-coréen, sous le couvert de l’anonymat.

Le Ministère sud-coréen des affaires étrangères a exprimé son «profond regret» face aux agissements du Nord, «au mépris des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU». Le Japon, sur les dents à chaque regain de tension avec Pyongyang en raison de sa proximité géographique et du passif entre les deux pays, a condamné «un grave acte de provocation».

Ulcéré par les manœuvres annuelles entre la Corée du Sud et les Etats-Unis, le régime de Kim Jong-il argue de son droit à «l’auto-défense» et procède régulièrement à des exercices et des tirs de missiles, généralement lorsqu’il cherche à manifester son mécontentement ou à peser sur des négociations en cours. Ces tirs sont extrêmement coûteux pour le pays, où une grande partie de la population vit dans la famine, la terreur et le sous-développement.

La réaction de Washington

La Corée du Nord ne doit pas «aggraver les tensions» et la série de tirs expérimentaux de missiles effectués jeudi et samedi par Pyongyang «ne contribuent pas» à les atténuer, déclare samedi le Département d’Etat américain. Elle «devrait se concentrer sur les négociations de dénucléarisation et la mise en oeuvre de ses engagements pris dans le communiqué conjoint datant du 19 septembre 2005», indique à l’AFP le porte-parole du Département d’Etat Karl Duckworth.

Les réactions de Moscou et de Pékin

De leur côté, la Russie et la Chine ont lancé un appel au calme. Les deux pays prônent la reprise des discussions à six sur le programme nucléaire coréen réunissant les deux Corées, le Japon, la Chine, la Russie et les Etats-Unis. Entamées en août 2003, elle visaient à faire renoncer le régime communiste à ses ambitions nucléaires en échange d’une aide énergétique. Pyongyang s’est retiré de ces négociations en avril après avoir été condamné par le Conseil de sécurité de l’ONU pour le lancement d’une fusée le 5 avril. Le Ministère russe des affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que la Russie et la Chine sont convenues que les parties devaient s’abstenir de toute initiative qui risquerait de déstabiliser encore davantage la région.

La réaction de Paris

La France a par ailleurs condamné ces tirs , appelant la Corée du Nord à «s’abstenir de toute nouvelle provocation», selon un porte-parole du Ministère des affaires étrangères, qui «constituent une violation des résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité».