Royaume-Uni

Feu vert de Boris Johnson au train grande vitesse HS2 malgré de fortes oppositions

Le premier ministre britannique a validé un gigantesque projet de ligne ferroviaire qui doit relier Londres et le nord de l’Angleterre d’ici une vingtaine d’années. Son coût faramineux et son impact sur l’environnement soulèvent de nombreuses critiques

Le premier ministre britannique Boris Johnson a validé le colossal projet de ligne à grande vitesse HS2 qui doit relier Londres au centre et au nord de l’Angleterre, malgré un coût faramineux et l’opposition d’élus et des écologistes.

«Le gouvernement a donné le feu vert à la ligne ferroviaire à grande vitesse», a déclaré Boris Johnson mardi à la Chambre des communes.

Devant une facture partie pour dépasser les 100 milliards de livres (126 milliards de francs), le premier ministre a assuré avoir l’intention de contrôler le coût du projet et d’améliorer sa gestion. Il va de ce fait nommer un ministre qui se consacrera entièrement à HS2 (High Speed 2). «La mauvaise gestion n’a pas changé selon moi la valeur fondamentale du projet», a justifié Boris Johnson.

Le chef de l’exécutif britannique a estimé que la première phase qui va jusqu’à Birmingham, dans le centre de l’Angleterre, pouvait être achevée pour un montant compris entre 35 et 45 milliards de livres, avec des travaux qui vont commencer en avril.

Lire aussi: Environnement et climat: pour un New Deal européen

Le gouvernement a publié dans le même temps le rapport qu’il avait commandé sur HS2 pour le guider dans sa décision. Dans ses conclusions, ce rapport estime que la facture globale sera supérieure de 15 à 20% à celle communiquée jusqu’à présent, ce qui pourrait la porter à plus de 105 milliards de livres.

Soutien des milieux des affaires

Les travaux prévus sont particulièrement complexes. Le tracé de la ligne implique de creuser de longs tunnels, détourner des cours d’eau ou d’acquérir des terrains parfois très chers, notamment dans la capitale britannique.

Le projet HS2, soutenu par les milieux d’affaires, doit donner naissance à la première ligne au nord de Londres en 150 ans et sera la deuxième ligne à grande vitesse du pays après HS1, celle empruntée dans le sud de l’Angleterre par l’Eurostar.

Retrouvez  tous nos articles consacrés à l’actualité de la Grande-Bretagne

Le premier tronçon vers Birmingham pourrait ne pas voir le jour avant 2031 et il faudra peut-être attendre 2040 pour que la deuxième phase vers le nord de l’Angleterre soit opérationnelle. Vu les retards et l’inflation budgétaire, il faudra «questionner les méthodes et les coûts alors que nous allons de l’avant avec la deuxième phase», a souligné Boris Johnson.

Pas d’unanimité chez les conservateurs

De son côté, le chef de l’opposition travailliste a fustigé la gestion passée des conservateurs de Boris Johnson. «C’est son parti qui a privé le pays d’investissement ces dix dernières années, ce qui a créé les pires inégalités régionales d’Europe», a lancé Jeremy Corbyn.

Le gouvernement a tranché en faveur de ce chantier colossal, le plus ambitieux de ce type en Europe actuellement, malgré l’opposition de certains députés conservateurs qui jugeaient que l’argent serait plus utilement injecté dans la modernisation d’infrastructures de transport déjà existantes. «HS2 n’est pas aimé, pas souhaité et est extrêmement mal géré», selon Andrew Bridgen, député de Leicestershire, au centre du pays.

Ces parlementaires sont souvent issus d’anciens bastions travaillistes qui ont basculé dans le camp conservateur lors des élections de décembre remportées haut la main par Boris Johnson.

Ce dernier a toutefois expliqué qu’il serait «intolérable» d’attendre vingt ans pour que HS2 atteigne les villes du nord. Il a promis un plan «High Speed North» en collaboration avec les élus pour moderniser le transport ferroviaire dans la région, sans donner de détails.

La municipalité de Birmingham a accueilli favorablement le feu vert du gouvernement mais elle a jugé «décevant que la deuxième phase qui relie Birmingham au Nord fasse l’objet d’une nouvelle évaluation».

«Révolution des transports»

Le premier ministre a par ailleurs promis de dévoiler dans les prochaines semaines sa stratégie pour une «révolution des transports». Il a déjà débloqué 5 milliards de livres sur cinq ans pour améliorer les réseaux de bus et les pistes cyclables.

Selon lui, ces investissements doivent en outre permettre au Royaume-Uni de respecter son engagement d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

Des organisations de défense de l’environnement ont quant à elle dénoncé l’impact de HS2 sur les milieux naturels. «Nous sommes totalement en faveur d’une révolution des transports qui réduise la pollution […] mais faire passer le bulldozer au milieu de sites naturels et sauvages n’est pas la bonne solution», a prévenu l’ONG Greenpeace.

Publicité