Plusieurs milliers de Cubains font la fête ce samedi depuis le début de la matinée à La Havane, pour célébrer les 90 ans de leur chef historique Fidel Castro. Le carnaval a été jumelé cette année au concert d’anniversaire du «leader maximo». Les orchestres de salsa et les chars colorés portant les danseurs se sont déployés sur des kilomètres le long du Malecón, la promenade du front de mer à La Havane.

Depuis des semaines, une multitude d’affiches à son image à travers l’île rendent hommage à l’un des hommes les plus influents et controversés du XXe siècle.

Fidel Castro, entré dans les livres d’histoire en menant la Révolution cubaine, fête ses 90 ans dans une île qui est actuellement en plein rapprochement avec son ennemi de la Guerre froide, les Etats-Unis.

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Aucune cérémonie officielle n’est prévue pour marquer l’anniversaire du «Comandante», lequel est brièvement apparu à la télévision avec son frère Raoul. Une visite de son principal allié dans la région, le Vénézuélien Nicolás Maduro, n’est pas à exclure. «Nous célébrerons les 90 ans de cet homme qui est aussi immortel», a assuré le dirigeant socialiste.


 

Fidel Castro, une vie en quelques dates

13 août 1926: Naissance de Fidel Alejandro Castro Ruz à Biran, dans l’est de l’île. Etudes secondaires chez les jésuites. Docteur en droit en 1950, il commence une carrière d’avocat et d’opposant politique.

26 juillet 1953: Castro tente sans succès de s’emparer de la caserne Moncada à Santiago avec une centaine d’insurgés. Condamné à 15 ans de prison puis amnistié deux ans plus tard, il s’exile avec son frère Raul au Mexique où il fait la connaissance d’Ernesto «Che» Guevara.

2 décembre 1956: A bord de l’embarcation Granma, Fidel Castro débarque avec 81 militants dans le sud de l’île. Seuls une quinzaine de guérilleros survivent et se réfugient dans les hauteurs de la Sierra Maestra. Six mois plus tard, ils sont une centaine et gagnent du terrain avec l’aide d’une agitation urbaine incessante.

8 janvier 1959: Entrée triomphale à la tête de ses «barbudos» à La Havane, après 25 mois de guérilla contre le régime de Fulgencio Batista.

1961: Les Etats-Unis rompent les relations diplomatiques en janvier. En avril, échec de la tentative de débarquement d’anticastristes soutenus par Washington à la baie des Cochons. Castro proclame le caractère socialiste de sa Révolution.

1962: J. F. Kennedy décrète l’embargo contre Cuba le 13 février. En octobre, la crise des missiles, après l’installation de fusées nucléaires soviétiques à Cuba, met le monde au bord d’un conflit atomique. Washington décide un blocus naval de l’île. Moscou retire ses fusées contre la promesse américaine de ne pas envahir l’île.

1975: Fidel Castro lance ses troupes en Angola puis en Ethiopie. Près de 400 000 militaires cubains connaîtront les champs de bataille africains jusqu’en 1991.

29 août 1990: Il annonce une «période spéciale en temps de paix» en raison de l’effondrement économique du pays, aggravé par la chute de l’URSS un an après. Pénuries en tous genres, disette, malnutrition… La légalisation du dollar et l’ouverture au tourisme permettent au régime de survivre.

31 juillet 2006: Il subit une grave intervention chirurgicale après une hémorragie intestinale et cède le pouvoir à son frère cadet Raul, ministre de la Défense depuis 1959.

24 février 2008: Il cède le poste de président du Conseil d’Etat à son frère Raul.

19 avril 2016: Dernière et rare apparition publique à La Havane. Lors de la session de clôture du Parti communiste, Fidel Castro évoque sa disparition future et le legs du communisme cubain.

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Et maintenant

Ce samedi, le président russe Vladimir Poutine a souhaité «bonne santé, longévité, vitalité et prospérité» à son «cher ami» cubain.

S’il a laissé le pouvoir à son frère Raul, 85 ans, il y a dix ans, il reste plus présent que jamais dans le pays communiste. Son état de santé est entouré du plus grand secret.

Même éloigné du pouvoir, Fidel Castro continue d’exercer «une influence indirecte à travers certaines figures du régime, qui sont mal à l’aise avec les réformes de Raul», explique Kevin Casas Zamora, professeur de sciences politiques à Oxford. Sa seule présence physique sert de «rempart contre les réformes économiques et politiques les plus agressives», estime-t-il, alors que son frère Raul a lancé une ouverture progressive au travail privé et aux investissements étrangers.

Mais il n’a pu empêcher l’un des changements les plus radicaux survenus sur l’île: le rapprochement diplomatique historique entamé en 2015 avec le vieil ennemi de la Guerre froide, les Etats-Unis. Publiquement, l’ex-dirigeant ne s’est pas opposé à cette réconciliation, mais il est resté ferme dans ses critiques: «Nous n’avons pas besoin que l’empire nous fasse cadeau de quoi que ce soit», écrivait-il en mars, une semaine après la visite du président Barack Obama.


 

En mars dernier, notre reportage à Cuba