Il y a ceux qui attirent les caméras. Comme, en ce jour de fête nationale française néanmoins choisie par le Parlement européen pour entamer ses travaux, deux figures hexagonales sont à l’honneur sous les verrières de Strasbourg: Rachida Dati et Daniel Cohn-Bendit.

La première, pour ses premiers pas législatifs au sein du groupe du Parti populaire européen (PPE, conservateur) fort de 265 députés, a opté pour la discrétion. Le second, courtisé en raison de son succès électoral du 7 juin, a d’emblée mené la charge à la tête de ses 55 élus. Contre sa cible favorite: le président sortant de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui s’exprimera devant l’assemblée ce mercredi et dont il fait tout pour retarder le vote d’investiture.

Le «casting» de l’Europarlement n’a guère d’importance. Ligotée par l’accord droite-gauche et surveillée de près par les gouvernements qui distribuent leurs consignes de vote, cette assemblée où l’essentiel du travail se déroule au sein des commissions et des trilogues (les navettes entre le parlement, la Commission européenne et le Conseil, représentant les pays membres) est peu propice aux coups d’éclat*.

Mais le renouvellement, cette fois, ne peut laisser indifférent. Plus de 40% des élus sont nouveaux. Un bon paquet ont une trentaine d’années. Et pas mal sont des personnalités singulières. A l’image du Suédois Christian Engström, leader du «Parti des pirates» dont l’unique programme est le téléchargement libre sur Internet.

«On est à un moment charnière, confirme un vétéran de l’assemblée, élue au suffrage universel depuis 1979. Le parlement n’est plus seulement une voie de garage pour les politiciens nationaux. Il devient le lieu de défense d’intérêts catégoriels, tout en restant l’endroit où s’expriment les courants minoritaires.»

Autre tendance: l’augmentation du nombre de femmes. Elles sont désormais 261 sur 736, soit 35% contre 31% en 2004. La Suède, qui préside actuellement l’Union, en a envoyé 10, contre 8 hommes. La Finlande en compte 8 sur 13 élus. Et trois benjamines se partagent les regards des travées: l’écologiste danoise Emilie Turunen, 25 ans, l’ex-mannequin roumain Elena Basescu, 29 ans, fille cadette du chef de l’Etat. Et, à 29 ans aussi, l’eurodéputée verte française Karima Delli.

Problème: les eurosceptiques et l’extrême droite sont également au rendez-vous. L’échec électoral retentissant du collectif noniste irlandais «Libertas», qui voulait devenir un parti paneuropéen après le non au Traité de Lisbonne du 12 juin 2008 pour n’obtenir au final qu’un seul élu (le souverainiste français Philippe de Villiers) ne parvenait pas, hier à Strasbourg, à faire oublier la présence dans l’hémicycle d’un nouveau groupe «l’Europe pour la liberté et la démocratie», composé de 30 parlementaires eurosceptiques et d’europhobes. Et encore moins l’inquiétante périphérie brune des non-inscrits incluant les deux élus du Front national français, Marine Le Pen et Bruno Gollnish, les deux Bulgares du parti Ataka, les trois députés du parti de la Grande Roumanie dont le fameux Vadim Tudor et l’ex-footballeur George Becali. Ou le leader du British National Party, Nick Griffin, qui n’a pas craint, avant d’arriver à Strasbourg, de réclamer qu’on «coule en mer» les bateaux d’immigrants clandestins.

Vie «plus attrayante»

Conscient du défi, alors que la législature 2009-2013 devrait voir les pouvoirs de codécision augmentés si le Traité de Lisbonne entre en vigueur, le nouveau président de l’assemblée Jerzy Buzek a promis de tout faire «pour que la vie parlementaire devienne plus attrayante». Elu avec le soutien des socialistes, des Verts et des libéraux, cet ancien premier ministre conservateur a redit que «les Européens doivent comprendre ce qui se passe ici», en proposant qu’à l’avenir les futurs commissaires européens viennent «plus souvent répondre aux questions des élus». De quoi doper ceux qui, comme Daniel Cohn-Bendit, sont résolus à faire, à l’automne, de la réélection promise de José Manuel Barroso et des futures auditions des candidats nommés par les pays membres un «grand moment de démocratie européenne».

* Le parlement européen, Documentation Française.