Il ne manque plus, dans le rôle d’ambassadeurs de la vaccination massive en France, que Michel Platini, Zinédine Zidane et Kylian Mbappé. Devenus depuis ce week-end des centres d’immunisation supervisés en partie par l’armée, plusieurs stades de football, dont ceux de Lyon et de Saint-Denis, au nord de Paris, sont désormais mobilisés sur le front de la pandémie.

Logique: pour atteindre l’objectif fixé par Emmanuel Macron d’une population entièrement vaccinée à la fin de l’été, les autorités françaises doivent employer les grands moyens. Au moins 35 «vaccinodromes», pour la plupart en zone urbaine, ont commencé à ouvrir leurs portes ce samedi. Les objections initiales sur la «logistique compliquée» imposée par ces derniers ont été levées via le recours aux militaires, sur le modèle de ce qui s’est passé au Royaume-Uni. Quelques-uns seront gérés par l’Assistance publique qui regroupe, en France, les établissements hospitaliers publics.

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L’efficacité de ces vaccinodromes dépendra bien sûr du nombre de doses de vaccins disponibles. Or celui-ci devrait, selon le gouvernement, augmenter à grande vitesse dans les prochaines semaines. 13 660 090 doses ont été réceptionnées à ce jour en France, selon le site (Covidtracker.fr) du Ministère de la santé. 12 millions de doses sont attendues en avril, et 15 millions en mai, un chiffre toutefois inférieur pour ce mois aux 17,7 millions annoncés. Résultat espéré: la France devrait compter 10 millions de primo-vaccinés à la mi-avril, 20 millions à la mi-mai et 30 millions à la fin juin. Ces vaccinodromes, souvent installés dans des complexes sportifs ou culturels (salles de concert) où les entrées et les sorties sont déjà aménagées, permettront, chacun, de réaliser «au minimum mille vaccinations par jour» selon le ministère. La stratégie de vaccination en fonction des tranches d’âge est en revanche maintenue: seuls les plus de 70 ans et les catégories à risque (facteurs de comorbidité, personnel soignant…) se voient aujourd’hui attribuer un rendez-vous pour une première injection.

Symbole

Le vaccinodrome le plus symbolique est incontestablement le Stade de France situé à Saint-Denis, au nord de Paris, dans le département de Seine-Saint-Denis, classé depuis plusieurs semaines comme l’un des plus contaminés de France. Le taux d’incidence (proportion de personnes infectées) y atteignait mardi 794 pour 100 000, seulement dépassé par le Val-d’Oise avec 829 pour 100 000. Difficile, dès lors, d’échapper au symbole: l’enceinte sportive qui abrita la victoire des «Bleus» au Mondial de 1998 sera-t-elle, dans les prochaines semaines, le théâtre d’une revanche vaccinale éclatante alors que 9 356 301 Français sur 52 millions – contre 26 millions de Britanniques – ont, pour l’heure, reçu une première injection (3,1 millions en ont déjà reçu deux)?

«Nous ferons plus de 10 000 vaccinations par semaine», a promis, lundi, lors d’un point de presse donné en direct des travées du stade, le patron de l’Agence régionale sanitaire (ARS) d’Ile-de-France, Aurélien Rousseau. Un chiffre qui dit l’enjeu: il faut, pour parvenir à vacciner l’ensemble de la population d’ici à la fin août 2021 – échéance promise par Emmanuel Macron dans son intervention télévisée du 31 mars – que 576 266 doses soient inoculées chaque jour.

Dispositif essentiel

Le recours aux vaccinodromes n’est pas présenté par les autorités comme la panacée, mais comme un dispositif essentiel pour «monter en puissance». La France avait initialement refusé ces méga-centres – mis en place dès le début en Allemagne –, préférant focaliser sur les maisons de retraite et arguant de l’échec de cette stratégie lors de la grippe H1N1 en 2009. 20% de la population seulement s’était alors déplacée.

Changement radical aujourd’hui, en raison de l’urgence sanitaire – 197 morts du covid ces dernières 24 heures, 5433 cas en réanimation et 10 793 nouveaux cas de contamination, en nette baisse par rapport à la semaine dernière – mais surtout de la nécessité de rouvrir le pays lorsque les mesures de restriction des déplacements viendront à échéance, le 26 avril, avec la reprise attendue des écoles en «présentiel». L’autre motif avancé est la lutte contre la «déperdition» vaccinale: «L’obsession de l’ARS Ile-de-France est d’utiliser immédiatement et de mettre à disposition toutes les doses», a expliqué Aurélien Rousseau à France Info. Seul bémol: le signal d’alarme donné par les élus des régions rurales, inquiets de voir les approvisionnements en vaccins se concentrer autour de ces vaccinodromes, plus accessibles aux populations urbaines.


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