Egalité

La Fifa, l'Iran et la «Fille en bleu»

De retour de Téhéran, la Fifa évoque des discussions «productives» pour convaincre l'Iran de laisser les femmes aller aux matches. L'immolation début septembre d'une jeune supportrice iranienne, la «Fille en bleu», a consterné tout le pays

En mars, Sahar Khodayari s'était déguisée en homme pour pouvoir assister à un match de foot avec son équipe préférée, Esteghlal, un des clubs de foot de Téhéran. Démasquée, elle a été condamnée le 2 septembre à une peine de six mois d'emprisonnement. Le 8, elle s'est immolée devant le tribunal et est décédée de ses blessures, jetant le pays dans l'effroi. La jeune femme avait 29 ans. Les réseaux sociaux la surnomment la «Fille en bleu», sa couleur préférée, la couleur d'Esteghlal.

Rien n'est officiellement inscrit dans la loi iranienne concernant une éventuelle interdiction des femmes dans les stades, protestent depuis des années les activistes de Open Stadiums, ce mouvement de femmes né en 2005, qui s'est d'abord battu pour l'accès des Iraniennes dans les stades, et qui aujourd'hui lutte pour l'égalité des femmes et des hommes dans d'autres domaines. Mais la pratique est là, depuis 1979, les Iraniennes n'ont pas accès aux stades, alors que les Iraniens sont dingues de foot. Des ouvertures ont parfois eu lieu lors de quelques matches internationaux, pour sauver les apparences, mais la règle est l'interdiction.

La Fifa sous pression

Le suicide de la «fille en bleu» accroit encore un peu plus la pression sur la Fifa, qui si elle suivait ses propres règles, devrait interdire l'Iran de compétition. Officiellement, la Fédération  a donné au pays jusqu’à la fin août, sous peine de sanction, pour qu’il laisse les femmes assister aux rencontres de qualifications pour le Mondial. L’Iran doit recevoir le Cambodge le 10 octobre dans un match de qualification pour la Coupe du monde 2022 au Qatar, et c'est ainsi que les femmes devraient pouvoir y assister, selon les déclarations fin août du ministère des Sports iranien. Mais la Fifa dit en vouloir plus.

Une délégation s’est rendue une nouvelle fois à Téhéran ce vendredi, où dans son communiqué officiel, elle dit avoir eu des «discussions productives» avec des responsables du gouvernement et de la Fédération iranienne de football.

«Au cours de ces discussions productives, la Fifa a réitéré sa position ferme et claire selon laquelle les femmes doivent être autorisées à assister librement aux matches de football et que le nombre de femmes présentes au stade doit être déterminé par la demande, issue des ventes de places», peut-on lire dans le communiqué. La Fifa a également «évoqué la nécessité d’ouvrir les stades aux femmes pour les matches nationaux». «Les femmes doivent être autorisées dans les stades de football en Iran. Pour tous les matches de football».

«La Fifa est responsable de la mort de la «Fille en bleu», et de ce que nous, les activistes, subissons, racontait dans le Guardian cette semaine une des membres de Open Stadiums. Leur manque d'efforts nous met toutes en danger».

 Ce dimanche, les fans d'Esteghlal ont eu une pensée pour Sahar Khodayari avant d'entamer leur match, dans le stade Azadi – le stade «Liberté».

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