C’est un Italien qui devra gérer la crise des réfugiés. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a proposé Filippo Grandi comme le prochain haut-commissaire aux réfugiés. Si l’Assemblée générale de l’ONU donne son feu vert, normalement une formalité, il succédera au Portugais Antonio Guterres dès le 1er janvier prochain.

Le poste est tellement exposé qu’il n’a pas suscité de nombreuses vocations. L’Italien Filippo Grandi, ancien directeur de l’agence onusienne de soutien aux réfugiés palestiniens (UNRWA) ne figurait pas parmi les favoris. La personnalité la plus connue à briguer le poste était l’ancienne Premier ministre danoise Helle Thorning-Schmidt, qui a perdu les élections et son poste en juin. Elle avait le soutien des Scandinaves, donateurs importants du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR).

Mais, durant le mandat de Helle Thorning-Schmidt, le Danemark s’était signalé par ses politiques restrictives à l’égard des réfugiés. Tout le contraire de l’Allemagne, qui leur a largement ouvert ses frontières. Berlin a mis tout son poids dans la balance pour faire élire son candidat: Achim Steiner, l’actuel directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement. Ce dernier avait la bonne nationalité mais peu d’expérience dans l’humanitaire.

«Le panel chargé de la sélection avait retenu Achim Steiner. Mais, devant la colère des Danois, Helle Thorning-Schmidt avait été repêchée. Fillipo Grandi était une bonne solution de compromis», explique une source au fait de ces tractations. Un compromis entre deux politiques opposées à l’égard des réfugiés. Pour sa part, l’Italie est en première ligne face aux arrivées par bateau en provenance de Libye. La nomination d’un Transalpin est une reconnaissance de ce rôle.

Il connaît la maison

Au siège du HCR, à Genève, c’est le soulagement. Filippo Grandi connaît très bien la maison pour y avoir fait l’essentiel de sa carrière. Il a été en poste en Afghanistan, en Syrie, en Turquie, en Irak et au Soudan mais aussi en Afrique avant de rejoindre l’UNRWA comme directeur adjoint puis d’en prendre la tête de 2010 à 2014. «Il est respecté et très expérimenté. Il saura ce qu’il faut faire et n’aura pas besoin de temps d’acclimatation», juge un employé. «Il a aussi l’avantage de bien connaître le Moyen-Orient, d’où sont originaires la plupart des réfugiés», réagit Jean-Noël Wetterwald, délégué suisse à la longue carrière au HCR, qui revient d’une mission en Ukraine.

Fondé en 1950 pour régler le problème des réfugiés déplacés par la Seconde guerre mondiale, le HCR était censé être une organisation provisoire. Soixante-cinq ans plus tard, il n’y a jamais eu autant de réfugiés et de déplacés dans le monde. Alors que les crises humanitaires se multiplient, le HCR a dû réduire son assistance dans certains camps de réfugiés faute de financement.

Crise budgétaire

«Si le nombre de donateurs n’augmente pas, la crise budgétaire va s’aggraver et sera insoluble, mettait en garde Filippo Grandi, répondant à un questionnaire envoyé à tous les candidats par ICVA, un réseau d’ONG. En 2014, 82% du budget de l’organisation dépendait seulement de 12 gouvernements.» Lucide, il estime que le HCR devra faire des choix, se concentrer sur les besoins «immédiats» des réfugiés et confier davantage de tâches à d’autres organisations. Le HCR compte 9300 employés dans 123 pays. Moins de 10% sont basés à Genève et la taille du siège a déjà été réduite ces dernières années.

«Le rôle du Haut-commissaire est plus important que jamais. Il est l’avocat des réfugiés dont les droits sont garantis par la Convention de 1951», écrivait encore Filippo Grandi. L’Italien s’attend à se heurter aux gouvernements européens: «Le droit d’asile est affaibli et la solidarité collective est attaqué par des attitudes xénophobes, surtout dans les pays occidentaux». Le HCR est traditionnellement une chasse gardée des Européens, qui en sont les principaux bailleurs de fonds. En choisissant Filippo Grandi, Ban Ki-moon n’a pas osé déroger à cette règle tacite.