Un surnom pour résumer un duel: désormais, dès qu’il le peut, François Fillon désigne son principal adversaire comme «Emmanuel Hollande». Pas question, pour le candidat de la droite à la présidentielle française, de laisser à l’ancien ministre de l’économie l’avantage de la nouveauté en politique, et du positionnement «ni droite ni gauche» susceptible de séduire les électeurs centristes.

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Pour l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012) dont l’épouse Penelope a été à son tour mise en examen le 28 mars pour «complicité de détournement de fonds publics» et «recel d’escroquerie aggravée», un seul objectif: accoler le plus possible Emmanuel Macron au quinquennat sortant. Une tactique qu’il prévoit d’employer à nouveau devant les caméras lors du second débat télévisé d’avant premier tour, mardi 4 avril sur BFM TV, en présence cette fois des onze candidats à l’Elysée.

«Emmanuel Hollande ou François Macron»?

La salve la plus forte depuis le début de la campagne est intervenue samedi soir, à Ajaccio, en Corse. Là, François Fillon a tiré à vue: «Emmanuel Hollande ou François Macron, peu importe. Nos compatriotes se moquent de ce bal masqué politique. Ils savent bien que sous un pavillon de complaisance différent c’est bien la même marchandise frelatée qui se trouve dans les cales», a-t-il asséné. En sonnant le rappel électoral de la droite: «Ne vous laissez pas imposer un scénario écrit d’avance par les plumitifs du pouvoir socialiste qui vous disent: «Après le monarque, c’est le tour du petit prince.»

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A cette stratégie du «Tout sauf Macron» s’en ajoute une autre que la quinzaine d’orateurs du vainqueur de la primaire à droite distille au fil de leurs nombreux meetings en province: celle de la concurrence entre le suffrage universel et l’establishement judiciaire et médiatique, accusé par François Fillon de mener contre lui «une cabale antidémocratique».

La part d'ombre de François Fillon

L’idée est simple: une fois élu par le peuple, le candidat de la droite ne pourra plus être contesté. Sa légitimité l’emportera sur sa «part d’ombre» sur laquelle enquêtent les magistrats. Tandis que son immunité présidentielle le protégera. «Son atout-maître pour mener les réformes dont la France a besoin sera cette élection, obtenue seul contre tous, à force de résistance et d’opiniâtreté», confirmait au Temps, jeudi 30 mars, l’ancien PDG de l’assureur AXA Henri de Castries, principal conseiller économique de l’équipe Fillon.

Cette offensive anti-Macron est enfin le fruit d’une conviction: pour le candidat de la droite, «tout se jouera pour le premier tour dans les quinze derniers jours» de la campagne a-t-il répété récemment aux représentants de la presse régionale. D’où l’importance de ne pas se laisser distancer et, mieux, de recoller au score dans les sondages, en misant sur les états d’âme des électeurs conservateurs déboussolés.

L'écart se resserre

Plus la date du vote se rapproche, plus les convictions profondes vont l’emporter sur les aléas de la campagne et de l’air du temps» prédit l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Un dernier sondage BVA montre d’ailleurs que François Fillon, avec 19% des intentions de vote, resserre l’écart avec Emmanuel Macron et Marine Le Pen, ex aequo à 25%. Fort de son socle solide d’électeurs et de sa bonne prestation lors du premier débat télévisé le 21 mars dernier, François Fillon compte grappiller chaque semaine 1 ou 2%, et mise sur son grand meeting parisien de la porte de Versailles, le 8 avril, pour tourner politiquement la page des affaires. «Rien ne pouvait lui arriver de pire que sa mise en examen et celle de sa femme, gardée à vue pendant plus de dix heures explique un de ses conseillers. Maintenant, la fragilité est du côté de Macron».

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Le candidat du mouvement «En Marche!» est, lui, dans la position inverse. Tout faux pas peut lui faire perdre du terrain, d’autant que tous ses adversaires l’ont dans leur ligne de mire. Marine Le Pen, comme Jean-Luc Mélenchon, le diabolise comme le candidat de la mondialisation sans frontières. Benoît Hamon le caricature comme le «tueur» du parti socialiste et de la gauche après le ralliement de Manuel Valls. La vague anti-Macron grossit donc chaque jour, et François Fillon espère bien surfer dessus en misant sur les 38% d’électeurs français qui se disent encore indécis.

Avec un risque pour le candidat de la droite: rompre tous les ponts avec le centre, et apparaître inacceptable aux électeurs de gauche qui, s’il se qualifie pour le second tour, pourraient être tentés de s’abstenir. Ce que souhaite évidemment Marine Le Pen, plus que jamais en embuscade dans cette élection présidentielle de tous les dangers.