«Vous ne savez pas comme c'est bon d'être libre.» A peine sorti lundi matin de l'autocar israélien qui l'avait emmené de la prison de Ketziot (désert du Néguev) jusqu'au point de passage de Betunia (Cisjordanie), Khaled Hinjass a été happé par des dizaines de membres de sa famille émus aux larmes. Certains lui embrassaient les mains, d'autres voulaient simplement le toucher. «Tu es vivant, c'est un cadeau d'Allah», lâchait son père en s'étranglant de joie.

Libéré par l'Etat hébreu dans le cadre du processus d'Annapolis, Khaled Hinjass, 31 ans, fait partie des 429 «terroristes n'ayant pas de sang sur les mains» renvoyés hier en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Principalement des membres du Fatah (le parti de Mahmoud Abbas) mais également quelques proches du Hamas et du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) condamnés à des peines de moyenne importance. «Ce que je pense d'Annapolis? Pas grand-chose pour le moment. Il faut voir ce que tout cela va donner dans quelques mois lorsque les négociations sérieuses débuteront», dit Khaled. Et de poursuivre: «Je suis un sympathisant du Fatah depuis l'adolescence et je n'ai pas changé. Deux de mes frères sont encore emprisonnés en Israël. Est-ce que les pourparlers annoncés les feront revenir plus rapidement à la maison? J'en doute.»

Accueillis en grande pompe à la Mouqataa (le quartier général de l'Autorité palestinienne à Ramallah), la plupart des ex-détenus ont été priés de se recueillir sur la tombe de Yasser Arafat et d'écouter les discours d'usage avant de pouvoir enfin rentrer chez eux. Une cérémonie dont ils se seraient bien passés. «La vie à la prison de Ketziot n'est pas facile. Nous sommes tous épuisés», lâche un autre ancien prisonnier ayant purgé dix ans de détention. «Pour le moment, nous voulons oublier la politique et la lutte armée pour retrouver une vie normale. La plupart de nos frères restés en détention seraient prêts à s'engager en faveur du processus d'Annapolis à condition d'obtenir des garanties sérieuses. Ils rappellent que c'est précisément parce que des promesses semblables faites dans le cadre des accords de paix d'Oslo (en 1993) n'ont pas été tenues que la deuxième Intifada a éclaté et qu'ils sont entrés dans la lutte armée.»

11000 prisonniers en tout

Selon l'entourage du premier ministre Ehoud Olmert, la vague de libération serait un «cadeau» fait à Mahmoud Abbas afin de l'aider à «renforcer son pouvoir». Mais ce «geste» ne semble pas produire l'effet escompté. Parce que le raïs palestinien espérait au moins 2000 libérations et qu'il n'a pas obtenu gain de cause. Mais également parce qu'Israël n'envisage pas d'autres mesures dans l'immédiat. «Onze mille Palestiniens sont actuellement détenus dans l'Etat hébreu et l'armée de ce pays en arrête des dizaines tous les jours, déclare le ministre des Prisonniers, Achraf al-Adjami. Pour que la population commence à croire au processus d'Annapolis, il faudrait qu'un grand nombre de ces détenus soient relaxés en une fois.»