La famille Sharon corrompue? Il est encore trop tôt pour l'affirmer même si la presse israélienne et plusieurs députés influents du Likoud dénoncent le refus de collaborer avec la justice d'Omri et de Gilad, les deux fils du premier ministre, qui sont interrogés en tant que «suspects» dans le cadre d'une affaire touchant au financement «douteux» des dépenses électorales de leur père.

Tout commence le 7 janvier dernier, en pleine campagne électorale. Ce jour-là, le quotidien Haaretz publie le contenu d'un document confidentiel relatif à l'enquête que mène la justice israélienne sur le millionnaire anglais Cyriel Kern, un ami de longue d'Ariel Sharon qui réside en Afrique du Sud et qui lui a offert un million et demi de dollars «sans contrepartie» afin de couvrir les dépenses engagées en 1999 et 2000 lors de la campagne électorale à la suite de laquelle Ehoud Barak a été battu.

Quelques mois après cette victoire, le nouveau premier ministre avait remboursé ses dettes grâce aux fonds récoltés par «Annex Research», une mystérieuse société d'étude d'opinion publique dirigée par Omri. Le procédé ayant été dénoncé par le contrôleur de l'Etat (l'équivalent israélien de la Cour des comptes), Ariel Sharon avait aussitôt restitué l'argent «suspect». C'est alors que Gilad a obtenu un prêt d'un million de dollars auprès d'une banque israélienne, mais son père a également dû le rembourser quelques semaines plus tard puisque le ranch de la famille Sharon, situé dans le désert du Néguev, ne pouvait être hypothéqué. En désespoir de cause, Omri et Gilad ont alors contacté Kern, qui leur a immédiatement ouvert son portefeuille.

Mutisme des protagonistes

Illégal? Selon la loi israélienne, cette transaction aurait dû être signalée au contrôleur de l'Etat puisqu'elle est susceptible d'être comptabilisée dans la liste des dons effectués au candidat Sharon. En outre, le premier ministre, qui a été interrogé, a toujours prétendu que son ranch avait été hypothéqué en échange de cette somme. Or, l'enquête démontre que ce n'est pas le cas.

Les enquêteurs ne sont d'ailleurs pas parvenus à établir si le million et demi de dollars de Kern a été remboursé et si, comme le pensent certains d'entre eux, l'homme d'affaires a servi de prête-nom pour une série d'autres donateurs anonymes. Une pratique interdite par la législation de l'Etat hébreu. En fait, les policiers se heurtent au mutisme de tous les protagonistes de cet étrange dossier et c'est précisément ce qui irrite les journaux israéliens. Car si la loi reconnaît à Omri et à Gilad le droit de garder le silence, les éditorialistes rappellent qu'il y a quelques mois, Ariel Sharon avait bruyamment renvoyé du gouvernement la vice-ministre Naomi Blumenthal précisément parce qu'elle revendiquait le droit de ne rien dire dans le cadre d'une autre enquête judiciaire. A l'époque, le premier ministre – qui était en campagne électorale – avait d'ailleurs estimé qu'«une personnalité publique ne peut avoir de secrets pour la justice sous peine de perdre son crédit».

Pour l'heure, l'affaire ne semble pas avoir d'impact sur la popularité du chef du gouvernement. Elle ne devrait pas non plus influencer les pourparlers en cours avec l'Autorité palestinienne. Cependant, Omri, qui est l'homme de confiance de son père (il effectue régulièrement des missions politiques secrètes pour son compte), risque de perdre son immunité parlementaire si le Parquet devait demander son inculpation. Quant à Gilad, il est également interrogé comme «suspect» dans le cadre d'un autre dossier. Cette fois, la justice cherche à savoir pourquoi il a touché, en tant que «consultant», un million de dollars de l'entrepreneur israélien David Appel, l'un des financiers du Likoud qui voulait transformer une île grecque en un paradis du tourisme de masse. Et pourquoi Ariel Sharon, qui était alors ministre des Affaires étrangères, est intervenu à plusieurs reprises auprès de certains de ses collègues d'Athènes afin que la concession soit accordée.