Agacée par les 150 dollars d’amende pour avoir garé en double file? Victoria, une énergique femme agent immobilier de New York, rigole: «Ce qui m’agace bien plus, c’est que mon père vote pour Donald Trump! Un Italien de deuxième génération! Il regarde la télévision toute la journée et se laisse totalement avoir par ce climat de peur instigué par Trump, qui tente de gagner la confiance des Blancs non diplômés comme lui! J’ai de la peine à comprendre le manque total de discernement de mon père face à tant de mensonges.» Elle démarre au quart de tour. Et manque de foncer dans une voiture.

Des sondages auxquels personne ne se fie

Dans cette campagne de tous les excès, où les scandales et insultes ont pris une dimension jamais vue, la nervosité est à son comble à quatre jours du scrutin. Le match est serré, le suspens total, Hillary Clinton n’est donnée favorite que du bout des lèvres et Donald Trump pourrait disposer de bien plus de partisans que ceux qui s’affichent en sa faveur. C’est sur ces «électeurs secrets» que se jouera l'élection.

Selon le site Politico, qui a sondé des responsables et militants républicains de 11 Etats-clés, 71% sont d’avis que les sondeurs sous-estiment les électeurs qui n’osent pas ouvertement se déclarer en faveur de Trump. Tout – ou presque – se joue à ce niveau; plus personne ne semble vraiment se fier aux sondages qui s’affolent et donnent des résultats contradictoires.

«Pas de digressions, Donald, pas d’excès!»

C’est dans cette frénésie des derniers instants, où tout semble possible, que les deux candidats battent campagne, avec les poids lourds de leur parti, dans une dernière tentative de convaincre les indécis et ceux qui d’habitude ne votent pas. Ils sortent leurs atouts – Melania Trump pour le républicain, Barack Obama pour la démocrate. Hillary Clinton, qui recourt également à des stars du show business comme Jennifer Lopez, doit à tout prix faire oublier l’affaire des emails privés et la nouvelle enquête ouverte par le FBI qui empoisonne sa campagne.

Donald Trump fait en sorte de garder son franc-parler légendaire, en évitant tout dérapage, sexiste ou autre, qui lui ferait perdre des points. Il se l’est d’ailleurs répété à lui-même en plein meeting: «Gentil et calme. N’est-ce pas? Reste concentré, Donald, reste concentré. Pas de digressions, Donald, pas d’excès!»

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Trump relancé dans la campagne

Cette discipline dont il n’est pas coutumier, il se l’est imposée depuis le récent rebondissement dans l’affaire des emails d’Hillary Clinton, ce qui lui permet de croire à nouveau en une victoire qui semblait s’éloigner. Ses récentes frasques, le scandale lié à l’enregistrement de 2005 dévoilé par le Washington Post, dans lequel il tient des propos outranciers à l’égard des femmes, ainsi que la succession de témoignages de femmes qui se disent victimes de harcèlements sexuels, se sont un peu fait oublier.

Et il capitalise là-dessus, encouragé par sa femme et ses enfants à adopter une attitude plus «présidentielle». Donald Trump a laissé tomber la cravate, économise les insultes contre sa rivale (qu’il continue néanmoins à qualifier de «Crooked Hillary», à traduire par «tordue» ou «véreuse») et renonce à ses tweets agressifs.

Melania Trump en solitaire

En Floride, l’Etat clé qui pourrait faire pencher la balance, Barack Obama a usé de tout son charisme, jeudi, en faveur de celle qui deviendrait la première femme présidente des Etats-Unis. «C’est quelqu’un qui endommagerait la démocratie», a-t-il lancé en fustigeant Donald Trump.

Le républicain a enchaîné les meetings en Caroline du Nord, pendant que sa femme Melania s’est lancée dans son premier discours seule, en Pennsylvanie, où elle a insisté sur la notion de respect: «Nous devons trouver une meilleure façon de nous parler, d’être en désaccord, de nous respecter.» Des déclarations en décalage total avec l’attitude de certains militants, qui arboraient des T-Shirts suggérant qu’Hillary Clinton devait être tuée.

«Je suis contre Trump, mais Hillary Clinton ne m’enchante pas vraiment»

Hillary Clinton faisait ce jour-là aussi campagne en Caroline du Nord, autre Etat clé, à quelques kilomètres seulement de son rival, avec Bernie Sanders et le chanteur de hip-hop Pharrell Williams à ses côtés. But: séduire les jeunes, les Noirs et les Hispaniques. Pour elle, «la meilleure façon de répudier l’intolérance, les vantardises, le harcèlement et les discours de haine et de discrimination, c’est de battre le record de participation de l’histoire des Etats-Unis».

Vendredi, Donald Trump a battu le pavé dans le New Hampshire, l’Ohio et la Pennsylvanie. Hillary Clinton s’est aussi rendue dans ces deux derniers Etats ainsi que dans le Michigan. Lundi soir, pour son ultime meeting, elle sera en famille et avec le couple Obama à Philadelphie.

Victoria devrait finir par voter pour elle. Mais comme beaucoup d’Américains, elle avoue un certain ras-le-bol et déplore de ne pas avoir de vrai choix: «Je suis contre Trump, mais Hillary Clinton ne m’enchante pas vraiment.»


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