Après un séjour d’une dizaine de jours très chahuté à Genève, le président camerounais, Paul Biya, a quitté la Suisse vendredi à la mi-journée. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), qui était en tractations avec le président Biya pour qu’il plie bagage, confirme ce départ. «Le DFAE a eu plusieurs contacts diplomatiques avec le Cameroun. Par respect et dans l’intérêt des deux pays concernés, aucune information supplémentaire ne peut être donnée», déclare-t-on à Berne.

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Paul Biya et sa suite devenaient de plus en plus encombrants pour la Suisse. Une bagarre avait d’abord éclaté dans le hall de l’Intercontinental entre des opposants et le service de sécurité du président. Deux jours plus tard, des gardes du corps agressaient un journaliste de la RTS devant l’hôtel genevois en marge d’une nouvelle action de l’opposition camerounaise. Ces derniers faits ont mené à l’arrestation puis à la condamnation mercredi de six membres de la sécurité présidentielle par le procureur général genevois. Samedi dernier, des centaines de Camerounais, issus de la diaspora, avaient essayé de s’approcher de l’Intercontinental, essuyant des tirs de lacrymogènes et de balles en plastique de la part de la police.

«Visite privée»

Ce n’était pas le premier séjour du président camerounais sur les rives du Léman, loin de là. Paul Biya est un habitué de l’Intercontinental, mais cette énième «visite privée», selon la terminologie de la présidence, a sans aucun doute été la plus mouvementée. C’est peut-être le signe que la fin du règne de Paul Biya approche. Le président est âgé de 86 ans et on ne lui connaît aucun successeur désigné.

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«Il faut que Paul Biya sache que, s’il revient, il nous aura de nouveau à ses trousses», déclare Hilaire Zoyem Djoumessi, porte-parole à Genève de la Brigade anti-sardinard, le réseau qui organise les manifestations anti-Biya. Les opposants camerounais avaient prévu un nouveau rassemblement demain à Genève. Mais, vendredi peu avant le départ de Paul Biya, les autorités cantonales, au vu de la tournure des événements de la semaine dernière, ont interdit cette manifestation.

«La Suisse du côté de la dictature»

Les protestataires réclamaient le départ de Biya de Genève, notamment à cause du coût de ses luxueux séjours. Ils ont eu gain de cause. Mais l’attitude de la Suisse leur laisse un goût amer. «La Suisse s’est rangée du côté de la dictature, critique Hilaire Zoyem Djoumessi, installé en Suisse depuis 2006 et qui a acquis la nationalité suisse.

L’activiste estime que la médiation tentée par Berne entre le gouvernement et les rebelles sécessionnistes dans l’Ouest anglophone, un conflit de plus en plus incontrôlable, est une «duperie». «Si le régime camerounais était sérieux, il libérerait les leaders séparatistes. Je ne suis pas d’accord avec leur objectif de sécession mais la répression n’est pas la solution», dit Hilaire Zoyem Djoumessi. De nombreux opposants sont derrière les barreaux, dont Maurice Kamto, qui s’était déclaré vainqueur de la dernière présidentielle, en octobre 2018. Mais c’est bien Paul Biya qui est toujours aux commandes, même si la situation dans son pays devient de plus en plus incertaine.

Notre revue de presse: Le Cameroun en a soupé de Paul Biya (et de ses sbires)