Turquie

Fin de l’état d’urgence en Turquie

Ce régime d’exception, qui élargit les pouvoirs du président et des forces de sécurité, a été mis en place après la tentative de putsch de juillet 2016, puis sans cesse prolongé

L’état d’urgence en Turquie est arrivé à expiration tôt jeudi, a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu. Il avait été instauré après la tentative de putsch de juillet 2016 – imputée au prédicateur Fethullah Gülen, qui réside depuis une vingtaine d’années aux Etats-Unis – et a permis aux autorités de mener de vastes purges. Ce régime d’exception, qui élargit les pouvoirs du président et des forces de sécurité, avait été initialement mis en place le 20 juillet 2016 pour une durée de trois mois, puis avait été sans cesse prolongé depuis.

La septième et dernière extension de trois mois, qui avait débuté le 19 avril, a expiré jeudi à 1 heure (minuit en Suisse). Le gouvernement turc avait annoncé la semaine dernière qu’il n’y aurait pas de nouvelle prolongation.

Sous l’état d’urgence, les autorités turques ont traqué de façon implacable les putschistes présumés et les personnes perçues comme leurs sympathisants. Elles ont aussi visé des opposants pro-kurdes, des journalistes critiques et des ONG.

Lire aussi: Sept binationaux turco-suisses retenus en Turquie vont être libérés

De nombreuses purges

Selon le gouvernement, l’état d’urgence était nécessaire pour permettre aux forces de sécurité de lutter efficacement contre toute menace dans la foulée de la tentative de coup d’Etat du 15 au 16 juillet 2016.

Cependant, des organisations de défense des droits de l’homme et des responsables occidentaux accusent le président Recep Tayyip Erdogan d’avoir mis à profit l’état d’urgence pour réduire au silence toute voix critique. L’état d’urgence reste associé en Turquie aux purges rythmées par des décrets-lois souvent publiés la nuit, annonçant le limogeage ou la suspension de milliers, voire de dizaines de milliers de fonctionnaires à la fois.

La levée de l’état d’urgence survient moins d’un mois après la victoire de Recep Tayyip Erdogan à des élections cruciales qui lui ont apporté de nouveaux pouvoirs, comme la possibilité d’émettre dans de nombreux domaines des décrets à valeur de loi, comme sous l’état d’urgence.

Lire aussi: En Turquie, Superdogan inaugure son régime présidentiel

La peur de la suite, un projet de loi «antiterroriste»

L’annonce de la levée de l’état d’urgence n’avait pas rassuré l’opposition, qui accuse le gouvernement de vouloir prolonger ses effets à travers un projet de loi «antiterroriste» présenté cette semaine au parlement. Ce texte, consulté par l’AFP, contient plusieurs mesures inspirées de l’état d’urgence, comme la possibilité pour les autorités de continuer de limoger les fonctionnaires liés à des «groupes terroristes» pendant encore trois ans.

En outre, les administrateurs publics nommés pendant l’état d’urgence à la tête d’entreprises soupçonnées de liens avec une «organisation terroriste» pourront rester en place pendant encore trois ans. Autres mesures: les manifestations et rassemblements seront, sauf autorisation spéciale, interdits après le coucher du soleil. Les autorités locales pourront restreindre l’accès à certaines zones et la garde à vue pourra durer jusqu’à 12 jours.

Lire aussi l’opinion: En Turquie, la révolte de l’écran noir

Le gouvernement affirme que de telles mesures sont nécessaires pour ne pas affaiblir la lutte contre le «terrorisme» après la levée de l’état d’urgence. Le porte-parole du président Erdogan, Ibrahim Kalin, a par ailleurs indiqué la semaine dernière que l’état d’urgence pourrait être rétabli en cas de «situation vraiment exceptionnelle».

Le nouveau projet de loi doit être débattu au parlement dans les jours à venir. Mais l’opposition tire déjà à boulets rouges sur le texte. La principale formation anti-Erdogan, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), accuse ainsi le gouvernement de vouloir «pérenniser l’état d’urgence».

Publicité