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Forces de l'armée syrienne dans les rues de Palmyre, le 27 mars 2016.
© SANA

Djihadisme

La fin de l’Etat islamique? Pas si vite!

La reconquête de Palmyre est célébrée par Damas comme une grande victoire. L’organisation terroriste est pourtant loin d’être défaite

La reprise de Palmyre, «perle du désert syrien», par les forces régulières de Damas appuyées par des troupes russes et iraniennes marque-t-elle un tournant dans la lutte contre l’organisation Etat islamique? C’est une étape essentielle en vue de la «victoire finale», voulait croire en début de semaine le ministre syrien de la Défense, Fahed al-Freij. Si tournant il y a, il faut le situer quelques mois en amont, avec l’accord tacite entre Russes et Américains afin de coordonner leurs actions contre le groupe djihadiste dès lors désigné comme principale menace commune. Les attentats de Paris, le 13 novembre, auraient scellé cette alliance tactique reléguant – temporairement – les désaccords sur le sort de Bachar el-Assad au second plan.

«Il y aurait eu un deal fin 2015 entre Russes et Américains, semble-t-il à la mi-novembre, explique David Rigoulet-Roze, chercheur rattaché à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques. Tous les acteurs de la configuration régionale ont alors été mis sous pression. L’idée était que l’on ne pouvait laisser davantage pourrir une situation qui profitait à Daech.» Dans cette nouvelle division des tâches, les Russes, en appui aux forces de Bachar el-Assad, s’occupent de la Syrie «utile», alors que les Etats-Unis se chargent de l’Irak et du nord-est syrien. Fin décembre, Ramadi, chef-lieu de la province d’Al-Anbar, était reprise à l’Etat islamique (EI). C’est le pendant irakien de la conquête de Palmyre.

Assèchement financier

A présent, l’objectif est de s’emparer des deux «capitales» de l’EI: Mossoul, le poumon économique de l’organisation terroriste vers lequel les troupes irakiennes affirment progresser, et Raqqa, la base politique de l’EI située en territoire syrien. Après avoir contrôlé un territoire grand comme le Royaume-Uni avec 30 000 à 40 000 hommes, à cheval sur deux pays, Daech est forcé de se recentrer sur ses bases arrière.

La coalition internationale dirigée par Washington a réduit la capacité économique de Daech en visant les nœuds logistiques et les ressources financières de l’organisation.

Car l’EI est bel et bien affaibli. «La coalition internationale dirigée par Washington a réduit la capacité économique de Daech en visant les nœuds logistiques et les ressources financières de l’organisation», explique Jean-Marc Rickli, professeur assistant au département d’étude de la défense au King’s College de Londres. Les convois de camions transportant le pétrole sous contrôle djihadiste ont été en partie stoppés, les réserves d’argent cash détruites. Reste à l’EI le pillage et l’impôt pour se financer. Mais la solde de ses volontaires ou mercenaires a chuté de moitié et on assiste à des désertions au sein de ses effectifs.

La coalition américaine s’en prend aussi à la structure dirigeante de Daech. Avec quelques résultats: vendredi dernier, Washington annonçait l’élimination du numéro 2 de l’organisation, Abdel Rahmane al-Qadouli, qualifié de «ministre des finances» de l’EI. Quelques jours plus tôt, le Pentagone saluait la disparition d’Abou Omar al-Chichani, le «ministre de la défense», mais l’organisation dément. Sur le terrain militaire, l’offensive russo-syrienne a permis de tuer des centaines de djihadistes, notamment à Palmyre, selon une stratégie dont les populations civiles payent par ailleurs le prix fort. Autant de défaites qui brisent le mythe d’un EI invincible et réduisent son pouvoir d’attraction.

Lire aussi: L’Etat islamique perd la citadelle de Palmyre et son numéro 2

Direction la Libye

Ces revers de l’organisation djihadiste sont toutefois loin de signifier sa fin. La reconquête de Mossoul pourrait prendre des mois, celle de Raqqa une année ou deux. «C’est un affaiblissement relatif, estime David Rigoulet-Roze. Nous sommes en présence d’un animal blessé, donc d’autant plus dangereux. Les attentats ne vont probablement pas diminuer, au contraire.» Daech a organisé son réseau pour frapper hors de «Syrak» (Syrie-Irak), comme le dit le chercheur, les attentats de Bruxelles et de Lahore n’étant que les derniers exemples en date.

Dans le même temps, on assiste à un nouveau flux de combattants de l’EI vers la Libye où l’organisation pourrait reproduire le scénario irako-syrien. C’est désormais la grande hantise des Européens. «Des éléments de l’EI se redéploient en Libye, et l’organisation s’étend en Asie et en Europe, poursuit Jean-Marc Rickli. Parler de sa fin est prématuré. On ne pourra pas éradiquer totalement ses combattants. Et même si l’on détruit l’entité physique au Proche-Orient, il reste l’idéologie. On parle de 1200 djihadistes de retour en Europe sur les 5000 Européens qui ont rejoint la Syrie et l'Iraq. 400 à 600 de ces derniers auraient été spécialement entraînés pour effectuer des opérations terroristes. Sa capacité de nuisance reste donc très importante.»

Un deal pour quoi?

«Il faut relativiser le narratif victorieux des armées irakienne et syrienne, pense pour sa part Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, directeur adjoint du Geneva Centre for Security Policy (GCSP) et professeur associé au Graduate Institute (IHEID). Palmyre et Ramadi n’étaient que des postes avancés de peu d’importance stratégique. On ne pourra parler de tournant qu’avec la chute de Mossoul et de Raqqa.» On peut aussi penser qu’on assiste en réalité à un redéploiement voulu par Al-Baghdadi, le chef de l’EI, insiste le chercheur: du local vers le régional (Libye, Sinaï, Turquie) et l’international (attentats en Europe).

Mohammad Mahmoud Ould Mohammedou s’interroge par ailleurs sur le sens d’un deal entre les Etats-Unis et la Russie: «S’il y a bien une division du travail, qu’est-ce que cela signifie pour l’avenir de la Syrie? Si l’on pense que Bachar el-Assad est un moindre mal, on fait fausse route. Il ne faut pas mélanger la lutte contre le terrorisme et le besoin de justice pour les Syriens.» En clair, l’anéantissement militaire de l’EI n’a guère de sens sans l’élaboration d’une solution politique pour stabiliser la région et régler les conflits confessionnels. C’est précisément l’objectif des négociations de Genève, pilotées par l’ONU, qui reprendront mi-avril. En cas d’échec, l’EI se retrouvera en position de force.

Lire également: La bataille de Palmyre fait rage

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