Pour ceux qui nourrissaient encore l’espoir de voir, comme Donald Trump, la pandémie de Covid-19 disparaître peu à peu, les propos de Tedros Adhanom Ghebreyesus auront eu l’effet d’une douche froide. Lundi, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé l’a déclaré: «Je veux être franc avec vous. Il n’y aura pas de retour à l’ancienne normalité dans un avenir prévisible.» Celui qu’on appelle le docteur Tedros a critiqué sans les nommer les dirigeants qui sapent la confiance, ingrédient essentiel dans la lutte contre le SARS-CoV-2: «Si les principes élémentaires ne sont pas suivis, cette pandémie ne pourra aller que dans une seule direction. Cela va aller de pire en pire.» Il ne l’a pas nommé, mais Donald Trump est clairement dans la cible de ces dirigeants sous le feu des critiques. Mercredi, son administration a ordonné aux hôpitaux américains de se passer des données virologiques fournies par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies.

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Proportions historiques

L’analyse du patron de l’OMS est étayée par les chiffres: le nombre de nouveaux cas d’infections dans le monde oscille depuis quelques jours entre 196 000 et 230 000. 13,3 millions de personnes ont été contaminées par le virus et 580 000 en sont mortes.

La désormais figure mythique de la lutte contre la pandémie aux Etats-Unis, le docteur Anthony Fauci, mis sur la touche par le président Trump, n’est pourtant pas un adepte de l’hyperbole. Mais mardi, au cours d’un webinar de l’Université Georgetown, il a parlé d’une pandémie aux «proportions historiques». Il a exprimé son espoir de ne pas s’approcher du scénario de la grippe espagnole de 1918, qui avait tué près de 50 millions de personnes dans le monde. Mais il n’a pu exclure cette hypothèse.

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La pandémie est en croissance dans 34 des 50 Etats américains, en particulier en Floride, en Californie et au Texas, les trois plus peuplés du pays. Avec un record de 65 000 nouveaux cas enregistrés pour la seule journée de mardi, dont plus de 10 000 chacun pour le Texas et la Californie, les Etats-Unis voient de nouveau leurs hôpitaux en manque de matériel de protection et devant se battre pour gérer un afflux de nouveaux patients. Certains Etats, même ceux parmi les plus rétifs aux mesures de confinement ou de protection, font machine arrière alors que le pays recense désormais plus de 137 000 morts. Des magasins ferment, le port du masque est de plus en plus obligatoire. Mercredi, la Floride a décompté 10 180 nouveaux cas et 112 morts lors des dernières 24 heures et affiche désormais 290 000 contaminés et 4400 morts.

Le recours aux chiens

En Amérique latine, le Brésil reste le pays le plus touché avec 1,8 million de contaminés et 74 000 morts. La progression du Covid-19 inquiète fortement. En Colombie, une hausse «alarmante» du nombre de cas a poussé les autorités à ordonner un confinement strict de 3,5 millions d’habitants à Bogota. L’Amérique latine et les Caraïbes sont désormais la région la plus touchée après l’Europe. Au Chili, la pandémie semble relativement contenue. S’inspirant de ce qui a déjà été testé en France et au Royaume-Uni, la police chilienne dresse des chiens pour repérer les malades du Covid-19, ceux-ci possédant, selon l’AFP, 330 millions de capteurs olfactifs et une capacité à détecter des odeurs 50 fois meilleure que celle des humains.

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La résurgence du virus concerne aussi l’Inde, deuxième pays le plus peuplé (1,3 milliard d’habitants) de la planète. A Bangalore, la Mecque de la création de logiciels, 13 millions de personnes ont été reconfinées mardi soir. Dans l’Etat du Bihar, ce sont 125 millions d’individus qui connaissent le même sort, les responsables politiques indiens cherchant par tous les moyens à freiner l’épidémie qui frappe durement le pays (906 000 cas déclarés, 24 000 morts). Selon les experts, le pic de la pandémie n’est pas encore atteint.

Au Japon, où les frontières sont toujours fermées aux non-Japonais, on ne prend pas la situation à la légère. La mégapole a rétabli son plus haut niveau d’alerte après une hausse du nombre de contaminations constatées parmi la population jeune, sur les lieux de travail et dans le cercle familial.

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Cocktail explosif

En Europe, le vice-président de la Commission européenne, Magaritis Schinas, a relevé l’émergence de nouveaux foyers. Il appelle à une action commune forte et met en garde contre le «cocktail» explosif que pourrait être la combinaison, cet automne, du SARS-CoV-2 et de la grippe saisonnière. En Espagne, on s’inquiète d’une hausse sensible du nombre de nouveaux cas. Des secteurs de la Catalogne ont été reconfinés. Ce que les spécialistes de la santé redoutent le plus serait l’émergence d’une nouvelle épidémie de coronavirus alors que celle du Covid-19 n’est toujours pas derrière nous.

Quant à l’OMS, qui continue de sonner le tocsin, elle a annoncé voici peu que le panel d’experts indépendants devant évaluer l’action de l’OMS dans le cadre du Covid-19 sera coprésidé par l’ancienne première ministre néo-zélandaise Helen Clark et l’ancienne présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf. Une évaluation essentielle pour que l’OMS puisse aller plus sereinement de l’avant.