Après avoir surmonté sans trop de dégâts les élections régionales de fin mars qui faisaient figure de test de mi-mandat, le président du Conseil italien Silvio Berlusconi pensait avoir éloigné les nuages politiques et disposer des trois prochaines années pour mettre en œuvre son programme gouvernemental. C’était sans compter la rébellion du président de la Chambre des députés et cofondateur de son parti du Peuple de la liberté (PdL), Gianfranco Fini, qui conteste la ligne politique adoptée et réclame davantage de démocratie interne.

«Phase nouvelle»

Mardi, ce dernier a réuni ses lieutenants à Rome pour dresser une liste de récriminations et annoncer une «phase nouvelle». Gianfranco Fini reproche notamment à Silvio Berlusconi de privilégier l’alliance avec le mouvement populiste et autonomiste de la Ligue du Nord, sorti très renforcé des dernières élections régionales et qui entend désormais imposer son calendrier de réformes à l’ensemble de la majorité de droite. «La Ligue est un allié important, mais il ne peut être le dominus de la coalition», a insisté hier le président de la Chambre.

En fait, cela fait déjà plusieurs mois que Gianfranco Fini prend régulièrement ses distances avec les grandes orientations de la majorité. Après avoir définitivement tourné le dos, durant les années 1990, à son passé néofasciste, l’ancien ministre des Affaires étrangères n’a cessé de prendre des positions iconoclastes par rapport à sa famille politique d’origine et surtout vis-à-vis de Silvio Berlusconi. Régulièrement, le président de la Chambre des députés, 58 ans, a défendu la laïcité de l’Etat, le pouvoir judiciaire ou encore les immigrés, souhaitant même leur accorder le droit de vote aux élections locales.

Par instants, Gianfranco Fini semble prendre systématiquement le contre-pied de Silvio Berlusconi et de ses alliés de la Ligue comme s’il souhaitait se ménager un espace politique et une visibilité pour préparer l’après-Cavaliere, aujour­d’hui âgé de 73 ans. Hier encore, alors que Silvio Berlusconi ne perd jamais une occasion de vilipender les juges qui enquêtent sur ses affaires, Gianfranco Fini a par exemple estimé: «Personne ne nie qu’il est l’objet d’un acharnement judiciaire, mais parfois il dit des choses auxquelles on ne peut souscrire.»

Jusqu’à présent les tensions entre les deux hommes se sont toujours soldées par une paix fragile. En 2007, le divorce semblait consommé, mais face à la dissolution du parlement et la convocation d’élections générales anticipées, Gianfranco Fini et Silvio Berlusconi avaient décidé de partir de nouveau à la bataille ensemble pour battre la gauche. A cette occasion, ils avaient même choisi de fondre leurs deux formations (Alliance nationale et Forza Italia) dans un grand parti de la droite, le PdL.

Jusqu’à la rupture?

Reste que la fusion n’a jamais véritablement fonctionné sauf au niveau de la classe dirigeante. Celle d’Alliance nationale (AN) s’est massivement ralliée à Silvio Berlusconi. «Tu les as achetés», se serait plaint jeudi dernier Gianfranco Fini dans un face-à-face avec le président du Conseil. Au cours de cette réunion, le président de la Chambre aurait également déclaré: «Silvio, tu as abdiqué de ta fonction. La Ligue du Nord te fait du chantage.»

A la suite des résultats des régionales, Gianfranco Fini, affaibli, risquait donc d’être définitivement marginalisé. Il a en conséquence choisi la confrontation. Ira-t-elle jusqu’à la rupture? Rien n’est moins sûr, car le fondateur d’AN sait que les électeurs de droite ne lui pardonneraient pas une chute du cabinet Berlusconi. Après avoir menacé de constituer un groupe parlementaire autonome, il s’est d’ailleurs contenté de dire hier qu’il souhaitait uniquement former un courant au sein du PdL pour pouvoir faire entendre sa voix.

La réunion de la direction du PdL est prévue jeudi. D’ici là, Silvio Berlusconi devrait faire savoir s’il accepte cette solution politique ou s’il estime que Gianfranco Fini a définitivement franchi la ligne rouge avec, dans ce cas, la perspective d’une scission au sein du parti du Peuple de la liberté.