«Nom, prénom du père.» Le juge Philippe Courroye prononce cette injonction d'un ton sec en juillet 2001. L'homme auquel il l'adresse s'appelle Jean-Christophe Mitterrand, 58 ans, fils aîné du président de la République française de 1981 à 1995.

Avant d'être entendu par le juge, Jean-Christophe Mitterrand avait été incarcéré le 21 décembre 2000, et mis en examen pour «recel d'abus de biens sociaux», «trafic d'influence aggravé» et «complicité de commerce d'armes illicite», dans une affaire de vente d'armes à l'Angola, connue sous le nom d'«Angolagate» ou aussi d'Affaire Falcone, nom de son principal protagoniste, Pierre Falcone, qui a échappé aux poursuites en quittant la France grâce à un passeport de diplomate angolais auprès de l'Unesco. Jean-Christophe Mitterrand a été libéré en janvier 2001, après le versement d'une caution de 762 000 euros par sa famille. Depuis, il est sous contrôle judiciaire et interdit de sortie du territoire français. Il traverse des périodes de dépression et clame qu'il est injustement poursuivi.

Mardi après-midi, il a comparu devant le Tribunal correctionnel de Paris pour fraude fiscale, une affaire indirectement liée à l'Angolagate et découverte pendant la procédure. Jean-Christophe Mitterrand aurait omis de déclarer au fisc français une somme de 1,25 million d'euros en 1998 et 1999 (correspondant à environ 630 000 euros d'impôts hors pénalités et amendes éventuelles). Le juge Philippe Courroye aurait trouvé la trace d'une somme d'environ 2 millions d'euros versée au cours des années 1990 par Pierre Falcone sur un compte que possède Jean-Christophe Mitterrand auprès de la banque genevoise Darier-Hentsch (aujourd'hui LODH).

«Très grande détresse»

Sa comparution pour fraude fiscale a déjà été renvoyée deux fois, le 15 mai et le 15 septembre, Jean-Christophe Mitterrand ne s'étant pas présenté à l'audience. Ses avocats l'avaient décrit comme un homme «profondément perturbé», enfermé dans une «très grande détresse», et refusant de venir au tribunal dans cet état. Il a été hospitalisé récemment pour suivre une cure de sommeil. Et il était à l'audience de mardi.

Jean-Christophe Mitterrand explique que les sommes incriminées ont été perçues en Mauritanie où il résidait – et où il possède une entreprise de pêcherie – pour des missions de conseil accomplies au service de Pierre Falcone. Selon ses avocats, l'essentiel de ses activités se déroulait dans ce pays au cours des années 1998 et 1999 et il y payait ses impôts. Jean-Christophe Mitterrand affirme que les éléments matériels démontrant la réalité de sa résidence, de ses rapports avec le fisc et des missions effectuées se trouvent en Mauritanie, où il ne peut pas aller en raison de son contrôle judiciaire.

Les relations entre la famille Mitterrand et la justice se sont dégradées à partir de la mise en examen de Jean-Christophe Mitterrand. Après sa libération, ce dernier s'en est pris au magistrat instructeur, qu'il a décrit comme un «juge qui sue la haine». Danielle Mitterrand, sa mère, a qualifié de «rançon» la caution de 762 000 euros. Dans le dernier numéro du magazine VSD, elle déclare que son fils est ruiné et souffre «d'une forte dépression». Il est «las, ajoute-t-elle, d'être présenté à son désavantage, et désespéré du silence sur les éléments à décharge auxquels personne ne veut prêter attention. Il ne supporte plus ce mécanisme qui le détruit.»

Jean-Christophe Mitterrand n'a pas bénéficié de l'indulgence des médias français. Sa fonction de conseiller à la cellule africaine de l'Elysée de 1983 à 1990 est présentée comme une faveur familiale. On rappelle à l'envi le surnom qu'il aurait reçu de certains de ses interlocuteurs africains depuis cette époque: «Papamadi» (pour «papa m'a dit»). Et son expérience de journaliste pour l'Agence France-Presse en Afrique de 1972 à 1981 est rarement portée au crédit de sa connaissance de la région. Bref, les mésaventures judiciaires et fiscales de Jean-Christophe Mitterrand ne seraient que la pénitence d'un enfant trop gâté qui serait resté trop longtemps dans les coulisses obscures de la République.