Caressé par les courants turquoise de la baie d’Aqaba, il symbolise un espoir: celui de voir la science abolir les frontières au nom du bien commun. Dressé dans la sèche incandescence de juin, le voilier Fleur de Passion, propriété de la Fondation Pacifique, va accueillir cet été des chercheurs de pays bordant la mer Rouge afin d’en étudier systématiquement les coraux et de sensibiliser à leur préservation. Un projet du Transnational Red Sea Center (TRSC) créé en 2019 sous la houlette de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), avec le soutien du ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, qui a fait de la diplomatie scientifique son leitmotiv.

«Aujourd’hui, il part pour sa plus belle mission!»

Sur le pont rutilant du Fleur de Passion, le concept semble devenu réalité en ce bel après-midi du mois de juin. L’escale du voilier en Jordanie, la première au Proche-Orient, a été fêtée par une journée de visites et de discussions, l’occasion d’explorer le 24 mètres sous la houlette de Samuel Gardaz, coordinateur du TRSC. «Ce bateau a 80 ans. Il avait été construit à Brême pour la marine allemande avant d’être cédé à la France, revendu à un particulier puis rénové en 2002 par un chef d’entreprise genevois et ses amis. Aujourd’hui, il part pour sa plus belle mission!» affirme fièrement le quinquagénaire. Dans la cale, deux scientifiques marins s’activent déjà. L’Israélien Maoz Fine et le Jordanien Ali Al Sawalmih sont en grande discussion sur l’organisation de leur futur laboratoire. Aquarium, ordinateurs portables, pipettes, matériel électronique, tout doit tenir dans un espace exigu. Le défi logistique impressionne peu les deux amis, habitués à bien d’autres difficultés.