France

Florian Philippot, le Front tireur

Bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot vient d'annoncer jeudi 21 septembre son départ du Front national. Nous publions à nouveau le grand portrait que notre correspondant à Paris lui avait consacré en début d'année 2017

MISE A JOUR. Bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot vient d'annoncer jeudi 21 septembre son départ du Front national. Homme lige de Marine Le Pen, l'homme était sur la sellette au sein du parti populiste français depuis l'échec du Front national à la présidentielle de mai dernier. Nous republions ici le grand portrait que notre correspondant à Paris Richard Werly lui avait consacré en début d'année 2017


Il faut peu de chose pour énerver Florian Philippot. Surtout si son interlocuteur est un journaliste de la presse étrangère, résolu à obtenir du vice-président du Front national des précisions sur l’éventuelle sortie de la France de l’euro en cas d’accession de Marine Le Pen à l’Elysée, en mai 2017.

Le ton monte

Rencontre matinale, en décembre 2016, avec quelques collègues européens. Une première question cible le fameux référendum sur le «Frexit» que Marine le Pen a promis d’organiser dans les six mois si les Français l’élisent, pour qu’ils se prononcent sur une sortie de l’Union européenne. Une seconde explore l’impact d’une rupture monétaire unilatérale: explosion de la dette, séisme financier, etc... Le ton monte. L’heure d’entretien «off» cesse abruptement. Sa conclusion est «on»: «Vous incarnez l’élite euromédiatique que les Français rejettent, tranche le plus médiatique des leaders frontistes. Les urnes parleront».

Ce qu'on lui reproche

Ainsi fonctionne le «Front tireur» Philippot depuis qu’il a, courant 2015, assis son pouvoir au sein d’un parti où beaucoup le jugent trop volubile, trop technocrate, trop loin du peuple. Acte 1? Accuser plutôt qu’expliquer, en rendant responsable de tous les maux de l’Hexagone cette caste politico-technocratique dont il est pourtant issu. Acte 2? Défendre mordicus Marine Le Pen, à laquelle cet ancien militant chevénementiste-souverainiste doit son météorique parcours. En clair: l’ex-élève brillant du prestigieux lycée parisien Louis-Le-Grand, issu d’une famille d’enseignants (son père, ex-directeur d’école près de Lille, et aujourd’hui conseiller régional FN) a fait de la propagande l’instrument de son ascension. «Il a deux qualités typiques de ces énarques vomis par beaucoup d’électeurs frontistes, lit-on dans «La Fachosphère» de Dominique Albertini et David Doucet (Ed. Flammarion). Il ingurgite à grande vitesse. Et il maîtrise les caméras et les médias sociaux, armes de persuasion massives».

La lutte acharnée pour le pouvoir

Ceux qui le fréquentent encore, comme ceux qui l’ont bien connu jadis, ne sont étonnés ni par sa réussite, ni par le rejet qu’inspire ce trentenaire si médiatique aux frontistes les plus orthodoxes. «On ne comprend Philippot qu’à travers sa lutte pour le pouvoir», juge Jean-Yves Camus, auteur des «Droites extrêmes en Europe» (Ed. Seuil). «Sa conviction centrale est l’europhobie. Le reste varie.» Certains le comparent au candidat récemment battu à la présidence de la République d’Autriche, Norbert Hofer. Brillant. Elitiste. Habile à s’engouffrer aujourd’hui dans la dénonciation virulente de l’islamisme, en attendant d’autres combats porteurs. Né à deux pas de la Belgique, il parle aujourd’hui en homme de l’est, implanté électoralement en Lorraine, à Forbach: «Il a l’obsession des frontières. Tout découle de là», se souvient un proche de l’ancien ministre PS Jean-Pierre Chevènement, qui l’initia au souverainisme.

Il a su trouver la faille

Philippot a surtout su trouver la faille. Celle qui opposait Marine Le Pen à son père Jean-Marie. Elle, l’héritière, plus populiste que fasciste. Lui, le patriarche putschiste. Réinstallé en novembre 2016 par la justice comme président d’honneur du Front après en avoir été exclu en 2015, «le Menhir» a d’ailleurs crucifié son principal opposant d’un surnom: «Gestapette», façon peu ragoûtante de revenir sur son homosexualité révélée en 2014 par le magazine «Closer». Tandis que pour le député européen Bruno Gollnisch, fidèle de Jean-Marie et battu en 2011 par sa fille à la tête du parti, Florian est juste «un mauvais génie».

En cause? Son parcours de haut fonctionnaire apparatchik «rallié» au FN d’abord sous pseudonyme alors qu’il officiait au Ministère de l’intérieur; sa mainmise sur les questions d’organisation qui lui a permis en décembre de recruter son frère Damien (ancien de l’institut de sondage IFOP) pour la présidentielle; son goût pour les coulisses assassines du pouvoir. «Il parle pour tuer, ce qui n’est pas acceptable en démocratie», pestait récemment devant nous l’avocat et député proche du FN Gilbert Collard, furieux d’avoir vu le porte-parole frontiste justifier les «Farid Fillon» affublés sur Internet au vainqueur de la primaire à droite.

Il se sait protégé

L’intéressé n’en a cure. Il se sait protégé. Physiquement, un garde du corps l’accompagne. Politiquement, Marine veille. Bien qu’elle lui ait préféré le jeune sénateur-maire de Fréjus David Rachline comme directeur de campagne, la candidate du FN sait ce que vaut son «hussard» télévisuel. «Vous vous souvenez du rôle que le polytechnicien énarque Bruno Mégret jouait auprès de Jean-Marie Le Pen? explique un bon connaisseur du Front. Eh bien voilà. Marine a aussi auprès d’elle un transfuge de l’élite (Mégret venait du RPR de Chirac) qui lui doit tout.»

Il ne fera pas comme Bruno Mégret

Florian Philippot rejette la comparaison. Changement d’époque et de personnalités. Le premier parti de France, fort de 28% des voix depuis les régionales de décembre 2015 grâce à la normalisation de son discours, n’est-il pas en partie sa créature? Lui et la «cheffe» sont partenaires. Elle devant. Lui à côté, la protégeant également des attaques internes, comme celles de sa fougueuse nièce, la jeune députée Marion Maréchal-Le Pen. Rien à voir, donc, avec Mégret, vainqueur de la mairie de Vitrolles en 1995, dont la rupture avec le FN pour fonder son parti, en janvier 1999, signa la mort politique.

Mais que se passera-t-il si Marine Le Pen échoue en avril-mai 2017? «Florian ne commettra pas l’erreur de créer un autre parti, confie un de ses collègues député européen FN. Son tempérament est celui d’un ailier, pas d’un avant centre ou d’un milieu de terrain. Il sait qu’il ne pourra jamais incarner le Front ailleurs qu’à la télé.»


Profil

1981: Naissance à Croix (Nord) dans une famille d’enseignants

1997: Intègre le prestigieux lycée parisien Louis-le-Grand

2001: Intègre HEC puis l’ENA, dont il sort diplômé en 2009

2002: Débuts militants aux côtés de l’ex-ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement. Sa vocation souverainiste est née

2009: Rallie clandestinement le Front national et devient l’un des proches conseillers de Marine Le Pen. Adhère au FN en octobre 2011

2014: En mai, élu député européen FN pour l’est de la France. En décembre, «Closer» révèle son homosexualité

2015: Nommé numéro 2 du parti. Confirmé comme vice-président en décembre 2015

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