Élections

En Floride, le duel des extrêmes en vue des «midterms»

Le 6 novembre, Andrew Gillum ou Ron DeSantis sera élu gouverneur de cet Etat clé. Les deux hommes, que tout sépare, voisinent dans les sondages

Andrew Gillum, Noir, démocrate, 39 ans, versus Ron DeSantis, Blanc, républicain, 40 ans. En Floride, le duel pour le poste de gouverneur oppose un progressiste de gauche à un conservateur trumpiste. Deux hommes que tout sépare, mais qui voisinent dans les sondages. Le symbole de la polarisation extrême de la scène politique américaine. C'est ce qui explique l'intérêt particulier pour cette course.

Avec ses plus de 20 millions d'habitants, la Floride est le troisième Etat le plus peuplé des Etats-Unis. Elle fait partie des Swing States, capables de renverser la balance. En 2016, Donald Trump y avait récolté 48,6% des votes; sa rivale Hillary Clinton n'était pas bien loin, avec 47,4%. Voilà qui rend ce duel plus croustillant encore. 

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Des soupçons de corruption

Lundi, Andrew Gillum a eu droit à un drôle de cadeau de la part de Donald Trump: il s'est fait traiter de «voleur» par le président américain, dans un climat politique déjà très tendu. Trump, qui se rendra cette semaine en Floride pour soutenir la candidature de Ron DeSantis, a dépeint le duel comme celui d'un «homme éduqué à Harvard/Yale» contre un «voleur», maire de la capitale de Floride, Tallahassee, «une ville réputée être l'une des plus corrompues du pays». Andrew Gillum a recouru à la même arme que le président pour lui répondre. Sur Twitter, il a rétorqué: «Trump hurle parce qu'il est faible.»

Andrew Gillum est souvent comparé dans les médias à Barack Obama alors qu'il est en fait, sur l'échiquier politique, plus proche d'un Bernie Sanders. Il fait partie de la frange gauche du Parti démocrate. Mais sa présence et sa silhouette rappellent forcément l'ancien président. Un ancien président qui se rendra d'ailleurs vendredi à ses côtés en Floride.

Né dans une famille de sept enfants, le démocrate est le premier de la famille à avoir fait des études supérieures. Il veut supprimer ICE (les gardes-frontières chargés notamment de refouler les clandestins) et promet davantage d'action et d'argent dans les domaines de la santé, de l'éducation et de l'écologie. Dans son clip de campagne, il évoque beaucoup sa famille. Sa mère, chauffeuse de bus, ses frères, tous avec des casiers judiciaires, ses enfants qu'il aurait pu ne pas avoir. 

Le candidat espère devenir le premier gouverneur noir de Floride. Il est rattrapé par des accusations de corruption. On lui reproche notamment d'avoir accepté des invitations, en 2016, pour assister à un musical de Broadway, à New York. Une invitation faite par un agent du FBI sous couverture qui se faisait passer pour un homme d'affaires. Le maire aurait dû déclarer ces invitations, mais il ne l'a pas fait. C'est son talon d'Achille, celui que vise Donald Trump et qui lui vaut d'être traité de «voleur». Tallahassee, ville dont il est maire depuis quatre ans, fait l'objet d'une enquête du FBI, mais Andrew Gillum assure qu'il n'est pas directement visé. 

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Un clip avec ses enfants

Ron DeSantis, lui, a siégé à la Chambre des représentants de 2013 à septembre 2018. Il a démissionné du Congrès pour se consacrer entièrement à sa campagne pour le poste de gouverneur. Il aime Donald Trump et le fait savoir. En allant jusqu'à utiliser ses enfants dans un clip de campagne où il force le trait du parfait petit trumpiste.

Au début du court clip, sa femme le décrit comme un père modèle. Zoom sur le candidat, qui lance à sa fille jouant aux plots: «Construis le mur!» Puis on voit Ron DeSantis lire un livre à son bébé: «Et ensuite, Monsieur Trump a dit: Tu es viré.» Place à la troisième séquence. «Make America Great Again»: en montrant une pancarte de campagne à sa fille, il prononce doucement le slogan de Trump, le doigt suivant chaque mot, faisant semblant de lui apprendre à lire. 

Donald Trump l'a qualifié de «brillant» et de «dur à cuire». Très présent sur Fox News, Ron DeSantis est virulent sur le thème de la migration. Il est aussi anti-avortement, compte faciliter l'accès aux armes et veut faire baisser les impôts. Il est rattrapé par un dérapage visant Andrew Gillum. Il a utilisé le mot singe («monkey this up») pour dire que son adversaire risquait, s'il était élu, de mettre à terre les avancées économiques du gouverneur actuel. Là encore, Andrew Gillum a immédiatement réagi, en accusant Ron DeSantis de liens avec l'extrême droite. «Je ne dis pas que Ron DeSantis est un raciste», a-t-il souligné lors d'un récent meeting. «Je dis juste que les racistes pensent qu'il est raciste.»

Les deux adversaires cherchent à séduire l'électorat latino, qui constitue un important réservoir de votes. En Floride, la minorité hispanophone représente près de 25% de la population. Dans cet Etat habitué à voter serré, pendant que les deux candidats tentent encore de grappiller des voix, le gouverneur actuel, Rick Scott, est focalisé sur une autre course électorale. La sienne: il a les yeux rivés sur le Sénat. 

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